16 juillet 2024

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Étude : Les Français et la pornographie

01net.com

Vendredi 7 juillet, le tribunal judiciaire de Paris rendra sa décision sur le blocage de cinq sites pornographiques auxquels l’ARCOM (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, ex-CSA) reproche de ne pas respecter l’obligation légale de mise en place d’outils permettant d’en interdire l’accès aux mineurs.

En amont du jugement qui sera rendu, 01net a confié à l’IFOP le soin d’interroger plus de 2 000 Françaises et Français sur leur rapport actuel à la pornographie.

Si nos concitoyens adhèrent majoritairement aux mesures qui permettraient de restreindre la possibilité pour les moins de 18 ans de visionner des contenus classés X – et sont même prêts pour un nombre non négligeable d’amateurs à s’y soumettre -, ils doutent fortement de leur efficacité.

Pourtant, comme le confirme cette étude, il s’agit là d’un enjeu d’importance : exposés de plus en plus tôt aux images pornographiques, les jeunes y font un apprentissage biaisé de la sexualité, conjuguant reproduction de pratiques et comparaisons anatomiques source de complexes.

Renforcement des conditions d’accès : les Français adhèrent…

La perspective de restreindre l’accès des sites pornographiques aux mineurs via un double système d’authentification est largement approuvée par les Français. Les trois quarts d’entre eux (74%) y sont en effet favorables. Moins consommatrices de ce type de contenus, plus protectrices à l’égard de leurs enfants, les femmes sont plus nombreuses (79%) que les hommes (68%) à adhérer à la mise en place d’une telle mesure. Plus réservés que celles et ceux qui n’en regardent pas, les amateurs de pornographie acquiescent également majoritairement (63%) à cette volonté.

… mais doutent de son efficacité

S’ils sont favorables à un meilleur contrôle de l’accès aux sites pornographiques, les Français sont toutefois dubitatifs sur son efficacité. Plus de 8 sur 10 (81%) pensent en effet que les jeunes trouveront les moyens de contourner le nouveau système, et près de 2 sur 3 (62%) estiment qu’il sera impossible à appliquer techniquement. Par ailleurs, 78% craignent que les plus jeunes soient incités à visiter des plateformes moins réglementées et diffusant potentiellement des contenus plus choquants.

Une courte majorité des répondants (52%) voit dans cette mesure, qui prévoit de prouver son identité, une atteinte à la vie privée. Un sentiment que les hommes partagent plus largement que les femmes (61% contre 44%). Enfin, près d’1 Français sur 2 (47%) redoute une recrudescence d’agressions sexuelles de la part d’amateurs de pornographie éventuellement privés de photos et vidéos.

Un amateur de pornographie sur cinq prêt à souscrire

Interrogées plus spécifiquement par l’IFOP, les personnes ayant déjà visionné un film X au cours de leur vie sont 18% à dire qu’elles pourraient certainement s’engager dans une procédure exigeant un certificat de majorité afin de continuer à se rendre sur des plateformes X. Une perspective partagée par 21% des femmes et 16% des hommes. C’est sans surprise chez celles et ceux qui visionnent quotidiennement des contenus pornographiques que l’on retrouve le plus de répondants (43%) certains de souscrire à l’obligation de prouver qu’ils sont majeurs.

Et un sur quatre prêt à renoncer

En revanche, la mise en œuvre d’un système contraignant de contrôle d’accès est de nature à rebuter un nombre non négligeable des personnes s’étant déjà rendues sur un site pornographique. 27% d’entre elles indiquent en effet qu’elles préféreraient s’abstenir d’en consulter à l’avenir. Parmi elles, les femmes (41%) sont beaucoup plus nombreuses que les hommes (19%) à dire qu’elles renonceraient en pareille hypothèse.

D’autres envisagent différentes de manières de continuer à consulter des sites X sans pour autant souscrire à un processus d’authentification. Ainsi, 21% chercheraient un site ne disposant pas de ce mode de contrôle, 11% contourneraient le système via un VPN ou un changement de DNS. Près d’1 utilisateur sur 10 n’hésiterait pas à usurper l’identité d’une personne majeure, qu’elle fasse partie de ses connaissances (9%) ou en se procurant ses données sur le net.

Le point de vue de François Kraus, directeur du pôle « Genre, sexualités et santé sexuelle » à l’IFOP

« Il aura fallu attendre une quinzaine d’années depuis l’apparition des premiers sites pornographiques en ligne pour que les pouvoirs publics s’attellent réellement à en interdire l’accès aux mineurs.

Notre étude montre que les politiques de restriction envisagées rencontrent un assentiment massif dans la population, y compris chez les amateurs de pornographie qui consultent régulièrement ce type de plateformes. Si des écarts logiques existent selon les tranches d’âges, on ne constate pas de réelle dissonance dans l’approbation à la mise en œuvre de ce système.

Face au renforcement du contrôle de l’âge, ceux qui fréquentent les sites X seront amenés à adopter des stratégies différentes. Un cinquième environ, composé notamment des amateurs quotidiens, des jeunes et des catégories modestes, semble enclin à se plier aux nouvelles règles afin de continuer à visionner leurs contenus de manière légale. À l’inverse, un tiers tentera de contourner l’authentification par divers moyens. Enfin, et c’est loin d’être négligeable, un quart, notamment les femmes, cessera de consulter les sites en question.

Si la volonté d’imposer une telle politique restrictive n’est pas un vœu pieux, elle est annonciatrice d’une révolution chez les amateurs de pornographie – et donc pour les sites eux-mêmes – dans les années à venir. Révolution déjà à l’œuvre chez jeunes hommes notamment qui s’orientent aujourd’hui vers des formes de consommation plus interactives via des sites de webcam ou des plateformes comme OnlyFans ».

Une consommation très masculine

Quelle que soit la forme qu’elle prend, la consommation de contenus pornographiques est une pratique très masculine. Sur papier par exemple, 41% des hommes disent avoir déjà lu un magazine X contre 11% des femmes. Ils sont également deux fois plus à avoir consulté une BD érotique (44% contre 23%), mais l’écart se resserre avec la lecture de livres érotiques (42% contre 37%).

Près de 4 femmes sur 10 indiquent par ailleurs avoir déjà visionné des films ou des images pornographiques au moyen d’un support vidéo (37% en surfant sur un site X par exemple) là où la proportion d’hommes dépasse les 60% selon le mode visionnage (74% en consultant un site par exemple).

En revanche, les sex-show ou strip-tease en direct par webcam interposée attirent bien plus la gent masculine (29% des hommes interrogés en ont déjà été spectateurs contre 7% des femmes).

Sites X : des hommes assidus

Interrogés dans leur globalité, les Français sont 28% à dire qu’ils ont surfé sur un site X au cours des trois mois précédant cette enquête. Dans le détail, les hommes sont, là aussi, bien plus nombreux que les femmes puisque près de la moitié d’entre eux (46%) l’ont fait contre 14% des femmes.

En 10 ans, la fréquentation de sites X au cours des 90 derniers jours est globalement stable dans la population (39% en 2013, 36% en 2023), mais la comparaison laisse apparaître un fléchissement chez les hommes (45% en 2023, soit -6 points) et une augmentation chez les femmes (22% en 2023, + 6 points).

Le détail de la fréquence à laquelle les unes et les autres consultent des sites pornographiques montre que 31% des hommes ayant déjà surfé sur de telles plateformes s’y sont rendus au moins une fois par semaine au cours des trois derniers mois quand 9% des femmes faisaient de même.

Exposés de plus en plus jeunes

Si l’âge moyen auquel les Français disent avoir consulté un site pornographique pour la première fois n’a que légèrement évolué depuis 2013 (15,7 ans il y a 10 ans, 15,3 ans aujourd’hui), la proportion de celles et ceux qui disent avoir vécu cette expérience entre 8 et 12 ans a presque été multipliée par 3, passant de 11% à 27% !

L’émergence au cours de la dernière décennie de smartphones performants dont ils sont équipés de plus en plus tôt a indéniablement favorisé chez les plus jeunes la consultation de tels contenus bien avant leur majorité.

Ainsi, chez les 18-24 ans interrogés par l’IFOP, 35% des garçons ont surfé sur un site X avant 13 ans (contre 12% il y a 10 ans) tandis que 19% des filles faisaient de même contre 9% en 2023.

Impacts sur la sexualité

Cet accès massif et sans réelles limites aux vidéos X n’est pas sans conséquence sur la vie intime de celles et ceux qui y sont exposés. Plus de la moitié (53%) des jeunes âgées de 18 à 24 ans en ayant déjà regardé estiment que la pornographie a contribué à leur apprentissage de la sexualité, un chiffre nettement plus élevé que dans l’ensemble de la population (35%).

Un apprentissage qui passe notamment par la reproduction de positions ou de pratiques à l’œuvre dans les vidéos en question. Plus de 4 Françaises et Français sur 10 s’y sont livrés, les hommes plus que les femmes et les jeunes plus que leurs aînés. Les 2/3 (67%) des hommes et près de la moitié (45%) des femmes âgées de moins de 25 ans déclarent par exemple avoir expérimenté dans leurs relations sexuelles des positions vues sur écran.

Comparaison n’est pas raison

Refaits, hors normes et valorisés par les mises en scène, les attributs des actrices et acteurs du X sont à l’origine de complexes physiques qui peuvent s’avérer très handicapants dans la quête d’une vie sexuelle épanouie. Chez les hommes, c’est singulièrement la taille du pénis qui est source d’inquiétude : 30% d’entre eux déclarent avoir déjà complexé à ce sujet en visionnant une vidéo pornographique. Ce sentiment, en nette progression depuis 2013, affecte particulièrement les plus jeunes puisque 51% des hommes de moins de 25 ans disent l’avoir déjà ressenti, soit 17 points de plus que ceux du même âge interrogés il y a 10 ans.

La taille des seins massivement siliconés des stars du X suscite pour sa part un malaise chez plus de 2 femmes sur 10 (22%) et près de 4 sur 10 (39%) âgées de moins de 25 ans. Ces dernières sont également complexées, et dans les mêmes proportions (39%), par la comparaison avec la forme des vulves qu’elles voient à l’écran.

Enfin, les inéluctables et bruyants orgasmes qui concluent immanquablement toute relation sexuelle dans l’univers du X ne manquent pas d’interroger nos concitoyens sur leurs propres capacités en la matière. 29% des hommes et 17% des femmes indiquent en effet avoir éprouvé un complexe à ce sujet en visionnant une vidéo pornographique.


Étude IFOP pour 01net réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 13 au 17 avril 2023 auprès d’un échantillon de 2 006 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.

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