Le port d’un soutien-gorge n’est pas associé à une augmentation du risque de développer un cancer du sein

Un message publié au début du mois de décembre a été visionné par près d’un million de personnes sur la plateforme Twitter X. Une utilisatrice prétend prodiguer des recommandations aux femmes afin de réduire les risques de développer un cancer du sein, en se référant aux directives d’un établissement hospitalier engagé dans la lutte contre le cancer, sans toutefois en préciser le nom. Parmi les recommandations données, il est conseillé de nettoyer quotidiennement son soutien-gorge, d’éviter les soutiens-gorge noirs par temps chaud, de ne pas porter de soutien-gorge pendant la nuit et de limiter le port régulier de soutiens-gorge avec armatures. Cependant, est-ce que le port d’un soutien-gorge accroît véritablement le risque de développer un cancer ?
À lire >> “La laïcité est aujourd’hui menacée”, estime Gabriel Attal
Non, le port d’un soutien-gorge n’est pas associé à une augmentation du risque de cancer du sein. Aucune recherche rigoureuse n’a encore démontré l’existence d’une corrélation entre les deux éléments. En revanche, une étude antérieure a déjà établi l’absence de ces éléments.
En 2015, une étude menée par l’institut de recherche sur le cancer Fred Hutchinson de Seattle aux États-Unis a analysé les habitudes de 1 500 femmes âgées de plus de 50 ans, parmi lesquelles un millier étaient atteintes d’un cancer du sein et environ 500 ne l’étaient pas. Les chercheurs ont interrogé ces femmes sur le port de soutiens-gorge : la fréquence quotidienne, le port nocturne, la présence d’armatures, l’âge de début, et la taille de bonnet. Les résultats n’ont révélé aucune tendance spécifique.
Aucun paramètre lié au port du soutien-gorge, que ce soit la taille du bonnet, la fréquence, la durée quotidienne, la présence d’armatures ou l’âge auquel le premier soutien-gorge a été porté, n’a été corrélé à un risque de cancer du sein. L’étude publiée en 2014, toujours citée dix ans plus tard par l’Institut national français de la santé et de la recherche médicale (Inserm), a conclu que nos résultats n’ont pas confirmé de lien entre le port d’un soutien-gorge et un risque accru de cancer du sein chez les femmes ménopausées.
Pourtant, cette information erronée a été largement diffusée parmi de nombreuses femmes au cours des années. Selon l’Inserm, cette pratique est en circulation depuis au moins 30 ans, après la publication des travaux d’un médecin américain, comme indiqué dans le Canal Détox. En 1995, Sydney Singer a publié un ouvrage dans lequel il avance que les femmes qui maintiennent un soutien-gorge en permanence, y compris la nuit, présentent un risque trois à quatre fois plus élevé de développer un cancer du sein que celles qui n’en portent jamais. D’après son analyse, les chances de contracter la maladie sont estimées à « trois à quatre sur 168 » pour les personnes porteuses du gène, tandis qu’elles sont de « 1 sur 168 » pour celles qui ne le possèdent pas. Il soutient que le port de soutiens-gorge entrave la circulation lymphatique et le processus d’élimination des « toxines », favorisant ainsi le développement de tumeurs.
Cependant, ces travaux n’ont pas fait l’objet d’une validation par des pairs ni d’une relecture par le comité de lecture d’une revue. En d’autres termes, ils n’ont jamais respecté le processus de validation classique des recherches scientifiques.
L’Inserm souligne que le soutien-gorge a été inventé en 1889, alors que l’augmentation du nombre de cas de cancer du sein est un phénomène beaucoup plus récent. Son origine remonte aux années 1920, cependant son essor s’est principalement produit à partir des années 1990. Les raisons de cette augmentation résident davantage dans l’évolution des comportements. Les femmes consomment plus d’alcool qu’auparavant, augmentent leur consommation de tabac, retardent la maternité ou décident de ne pas avoir d’enfants, pratiquent moins l’allaitement, font face à des problèmes de sédentarité et de surpoids, sont exposées à des horaires de travail irréguliers ou nocturnes, et adoptent des régimes alimentaires riches en matières grasses ou en sucre. Ces facteurs ont tous été confirmés par des études scientifiques rigoureuses.
