Scandale des eaux en bouteille : les sénateurs menacent Nestlé

Soumises au feu des questions des sénateurs, les dirigeantes du géant de l’agroalimentaire se sont contentées, aux côtés des avocats du groupe, présents à l’audition, de répéter des éléments de langage soigneusement préparés, vantant les «qualités gustatives» des marques du groupe, leur «goût unique», et leur «caractère rafraîchissant».
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Sur la fraude pour laquelle elles étaient interrogées, elles se sont en revanche avérées moins prolixes. Interrogée sur les raisons ayant conduit l’entreprise à installer dans ses usines des Vosges et du Gard des filtres interdits, Muriel Lienau se contente d’expliquer qu’ils ont été mis en place pour «assurer la sécurité alimentaire». Une «situation héritée du passé» selon elle, et dont elle ne «connaît pas l’origine», sans être en capacité de répondre sur la date à laquelle ces traitements ont été installés dans l’usine.
«L’eau que vous commercialisez aujourd’hui est-elle toujours de l’eau minérale naturelle, oui ou non ? Parce que c’est ce qui est écrit sur vos bouteilles ! On aimerait savoir», interroge d’ailleurs la sénatrice Antoinette Guhl (EELV), à l’origine d’une mission d’information sur cette même affaire. Réponse pour le moins sibylline de la patronne de Nestlé Waters : «Nous avons un arrêté temporaire d’autorisation, émis par le préfet du Gard, qui a toute la connaissance des traitements que nous utilisons aujourd’hui».
Ces traitements (filtres à 0,2 microns), encore en place dans l’usine Perrier, ne sont pas conformes à la réglementation européenne qui est sans équivoque. Car, selon la directive en vigueur, l’eau minérale naturelle doit être pure à la source, et ne doit avoir subi aucun traitement de désinfection. «Avez-vous recours à ces filtres à 0,2 microns dans d’autres usines du groupe en Europe ?», interroge, en fin d’audition, le rapporteur Alexandre Ouizille, alors qu’un peu plus tôt dans la journée, on apprenait par l’AFP qu’une enquête était en cours en Belgique, où une usine a été perquisitionnée sur des soupçons de tromperie de même nature. De nouveau, Muriel Liénau esquive : «Nous utilisons des niveaux de filtration validés par les autorités dans tous les pays où nous opérons».
«Choisir de ne pas répondre à la question, c’est y répondre», lance alors le rapporteur. Jusqu’à la fin, les sénateurs tenteront, en vain, d’obtenir des réponses claires. « Très bien, nous en tirerons donc toutes les conclusions. »
Une actualité malencontreuse pour le groupe Nestlé. En effet, la préfecture du Gard doit décider dans les prochains jours d’accorder, ou pas, à Nestlé, la possibilité de continuer à produire de l’eau minérale naturelle sur son site de Vergèze (Perrier).
Des rapports, dévoilés par la cellule investigation de Radio France, franceinfo, et Le Monde. Notamment, une expertise de l’agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) d’octobre 2023 rapportant des contaminations microbiologiques avérées dans les sources Nestlé.
