Les chasseurs d’ouragans

Ils se distinguent mondialement par leur courage à défier des situations extrêmes. Et qui plus est, à les provoquer délibérément. Même lorsque les caméras cessent de tourner, ils persistent à s’aventurer au cœur de la tempête. Quel est leur nom ? Les chasseurs d’ouragans, une unité militaire spécialement formée pour une mission bien précise. Au cœur de rafales atteignant les 200 km/h et sous des pluies diluviennes, leur mission consiste à collecter un maximum de données scientifiques et à capturer des images spectaculaires, à l’image de l’œil d’Erin, le récent ouragan ayant menacé les États-Unis.
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Aux États-Unis, trois avions sont en rotation pendant la saison des ouragans afin d’être prêts à décoller à tout moment. Seuls les militaires et les scientifiques sont autorisés à effectuer des vols dans de telles conditions. Ils constituent une véritable station météorologique en altitude. Pour franchir ce qu’ils nomment le mur de l’œil, là où les vents soufflent le plus fort, il leur arrive parfois de mettre plus de 45 minutes. Une période de quarante-cinq minutes mouvementée. Les pilotes évoluent en toute confiance, suivant les indications des météorologues en coulisses.
France Télévisions a réussi à contacter l’un de ces pilotes intrépides. C’est comparable à une sensation de montagnes russes en plein milieu d’un lavage de voiture. Une abondance d’eau obscurcit complètement la vue à travers le hublot. Vous êtes désorienté, sans repères ni informations sur la situation en cours. « Vous ressentez de la peur», déclare Mathew Taraboletti, pilote à l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique.
En complément des ceintures de sécurité, des harnais assurent le maintien des pilotes sur leur siège. Leurs avions se distinguent par leur conception militaire renforcée, spécialement adaptée pour affronter des conditions extrêmes. Leur carlingue, particulièrement solide, est équipée de nombreux radars et capteurs. Ils jouent constamment avec la frontière, frôlant le danger à tout moment.
L’année précédente, Milton s’est distingué comme l’un des cyclones les plus intenses jamais répertoriés dans l’Atlantique. L’incident aurait pu tourner au drame. Plusieurs membres de l’équipage ont été blessés. Le commandant Mathew Taraboletti se trouvait à la barre. Il garde en mémoire de longs moments d’incertitude. Milton se caractérisait par un chaos total, un désordre indiscutable. Par ailleurs, nous étions quelque peu désorientés lorsque soudain l’avion a été secoué par des turbulences. « La situation s’est révélée terrifiante, prenant tout le monde au dépourvu et plongeant chacun dans la tourmente», se remémore-t-il. Jusqu’à ce que l’œil se manifeste et que les vents se calment. Nous étions sincèrement soulagés. Cela crée une atmosphère rappelant celle d’un stade et il est assez remarquable de prendre conscience que nous sommes « les seuls êtres humains de l’univers en cet endroit», a-t-il ajouté.
Pendant ce laps de temps, en arrière-plan, l’équipage se voit confier une tâche cruciale : larguer de nombreuses sondes, des dispositifs équipés de GPS qui mesurent la vitesse du vent, la température de l’air, la pression atmosphérique, puis transmettent ces données aux météorologues. Pourquoi placer un avion au cœur d’un ouragan ? Vous souhaitez savoir certainement. En raison du grand nombre de satellites en orbite. Ils sont dans l’incapacité d’apercevoir l’intérieur de la tempête. Grâce aux avions, il est possible de recueillir des données d’une précision extrême, au centimètre près. « C’est un élément crucial pour obtenir des prévisions précises», déclare le Dr Jonathan Zawislak, directeur de vol à l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique.
À maintes reprises, leurs prévisions ont permis aux autorités de prendre les devants en organisant l’évacuation de la population avant l’arrivée de l’ouragan. Malgré les risques encourus par ces hommes dans leur quotidien, il est à noter qu’aucun accident mortel n’a été déploré lors des 50 dernières années.
