Danger : une tendance masculiniste sur les réseaux sociaux

Danger : une tendance masculiniste sur les réseaux sociaux
Image dillustration

Certaines tendances virales sur les réseaux sociaux peuvent avoir des conséquences néfastes. Une personne qui adopte le slogan “Je m’entraîne au cas où elle dirait non” en est un exemple. Ces vidéos présentent invariablement le même schéma : un jeune homme, en solitaire, s’agenouille et simule une demande en mariage. Ensuite, il demeure immobile et entame des gestes de frappe, de poignardement, voire de tir à l’arme à feu sur une poupée symbolisant la figure fictive de la femme ayant rejeté ses avances. Ces contenus, largement diffusés par de nombreux individus, parfois très jeunes, connaissent une popularité croissante sur diverses plateformes, avec TikTok en tête, notamment au Brésil, et alimentent le mouvement masculiniste, y compris en France.

A consulter >> Le Parlement britannique adopte une loi historique : interdiction de la vente de cigarettes aux personnes nées après 2008

L’agression spectaculaire et largement médiatisée de la jeune Brésilienne de 20 ans, Alana Anisio Rosa, illustre de manière exemplaire la mise en œuvre de cette idéologie. Le vendredi 6 février, la jeune femme a été poignardée à cinquante reprises après avoir rejeté les avances d’un homme qui lui offrait des fleurs et des chocolats. Alana Anisio Rosa a survécu, cependant elle a été placée en coma artificiel et a subi plusieurs interventions chirurgicales avant de commencer à se rétablir progressivement.

La mère de la victime a rapidement établi un lien entre les contenus masculinistes consommés par l’agresseur de sa fille avant l’incident, en particulier les vidéos mettant en scène des hommes simulant des agressions suite au refus d’une demande en mariage. Elle a souligné le sentiment d’insécurité généralisé, tant dans l’espace public que privé, exprimé par ces contenus. Alana Anisio Rosa souligne dans une vidéo relayée par plusieurs médias brésiliens que cela ne peut rester impuni. Le jugement de l’individu de 22 ans a débuté le 15 avril.

L’idéologie masculiniste a émergé à partir des années 1980 en opposition au mouvement féministe. Selon Lucie Daniel, responsable du plaidoyer chez Equipop, une ONG féministe de solidarité internationale, cela favorise une domination écrasante des hommes sur les femmes dans divers domaines de la société tels que l’économie, la politique et la sphère sexuelle. Ce courant de pensée est accusé de promouvoir la haine et la violence, et il bénéficie d’une large audience sur les réseaux sociaux. Lucie Daniel souligne que cette idéologie a conduit à des meurtres de femmes dans divers pays au nom du masculinisme.

En 2025, le Brésil a enregistré un nombre sans précédent de féminicides, avec 1 586 femmes décédées des suites de violences conjugales perpétrées par leurs conjoints ou ex-conjoints. Récemment, le président Luiz Inacio Lula da Silva a exprimé l’opinion selon laquelle « les individus font preuve d’une inhumanité et d’une violence croissantes ». Selon Estela Bezerra, qui est en charge de l’entité gouvernementale dédiée à la prévention des violences faites aux femmes, la misogynie en ligne est considérée comme un facteur déterminant dans ces comportements. Elle souligne qu’il s’agit essentiellement d’un discours haineux. Elle explique à l’AFP que ces valeurs qu’il propage risquent de replonger notre société dans l’ère de la barbarie.

Ces incitations à la violence sont largement diffusées et accessibles sur les plateformes des médias sociaux. Une récente recherche menée par l’Université fédérale de Rio de Janeiro a révélé que 123 chaînes YouTube diffusant ce type de discours avaient cumulé 23 millions d’abonnés, soit une augmentation de 18 % par rapport à il y a deux ans. Selon Lucie Daniel, ce phénomène prend de l’ampleur de manière rapide et brutale à l’échelle mondiale. Elle souligne l’émergence de divers groupes qui s’organisent pour s’opposer de manière violente aux progrès en matière de droits des femmes et d’égalité des genres. Les sénateurs brésiliens ont approuvé une proposition visant à ériger la misogynie en infraction pénale, comparable au racisme, et passible de poursuites judiciaires. Cependant, cette question suscite des divergences au sein du Parlement ainsi que dans les médias brésiliens.

Selon Lucie Daniel, ces appels à la violence sont diffusés de manière étendue à travers diverses strates de la société, y compris par des individus de tous âges, et parfois même par des personnalités politiques telles que Donald Trump. Elle souligne que ce dernier est désormais perçu comme un représentant du masculinisme aux États-Unis. La spécialiste souligne que des hommes politiques français recourent également à la « rhétorique masculiniste ». En effet, la France n’échappe pas à cette idéologie propagée sur les réseaux sociaux. De nombreux profils sur les plateformes de médias sociaux contribuent à populariser la pratique de simuler une agression suite au rejet d’une demande en mariage. Le rapport annuel du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) a encouragé les autorités à élaborer une stratégie nationale de prévention et de lutte contre le masculinisme, qu’il a identifié comme une « menace réelle ».

A lire aussi >> Selon une étude, la pollution lumineuse est en augmentation à l’échelle mondiale mais en diminution en France

D’après l’analyse de Lucie Daniel, il incombe aux grandes entreprises technologiques une responsabilité majeure dans la propagation et la mise en avant des appels à la violence envers les femmes au sein des algorithmes. Elle souligne que ces dernières années, certaines plateformes en ligne ont même adopté une position idéologique en faveur du masculinisme, prenant pour exemple le milliardaire Elon Musk. De plus, elle affirme que le modèle économique de ces plateformes sociales, qui repose sur la viralité, trouve un avantage certain à mettre en avant ces contenus. Lucie Daniel dénonce le fait que les contenus haineux, étant souvent très partagés, permettent à ces plateformes de générer des revenus au détriment des femmes, de leur bien-être mental, de leur sécurité, même de leur vie. Elle appelle ainsi les plateformes à améliorer la modération de ces contenus masculinistes et à mieux soutenir les victimes de cette idéologie.

La spécialiste souligne également la responsabilité de chaque État et les exhorte à légiférer contre les discours de haine en ligne visant les femmes. En France, des tentatives d’attentats inspirées par les mouvances anti-femmes présentes sur les réseaux sociaux ont déjà été contrecarrées. Le terrorisme misogyne est perçu comme une menace à la sécurité nationale.

N'hésitez pas à nous suivre et à nous aimer :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *