Restructuration : un potentiel rachat de SFR

Le plan de sauvegarde d’Altice France a été validé par le tribunal économique de Paris le 4 août. Ce plan vise à réorganiser et à réduire la dette du groupe. Les syndicats veulent faire appel de cette décision. Cette décision permet la future vente de SFR.
Avec ce plan, Altice combat sa dette abyssale. Elle passera de 24,1 à 15,5 milliards d’euros. En échange de la dette abandonnée, les créanciers, y compris BlackRock, recevront 45 % des actions des entreprises. Patrick Drahi garde les 55 % restants. Cette baisse de plus de huit milliards d’euros était attendue par de nombreux acheteurs potentiels de SFR. Altice France affirme n’avoir reçu « aucune offre, même indicative» pour racheter SFR, mais les concurrents se réjouissent déjà. La restructuration de la dette d’Altice était une condition préalable aux discussions potentielles, d’après Christel Heydemann, directrice générale d’Orange.
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« Patrick Drahi envisage une possible cession», confirme Stéphane Dubreuil, économiste et spécialiste des télécoms, à franceinfo. Avant, les opérateurs avaient déclaré : « Avec cet endettement, on ne prendra pas SFR. » La première étape était la restructuration financière. On risque d’entrer dans un cycle de cession totale ou partielle. Les syndicats de SFR sont également d’accord. « Inutile d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre la situation», souligne Abdelkader Choukrane, responsable de l’Unsa. Compte tenu des déclarations, ils soutiennent la consolidation et une offre de rachat.
Plusieurs acteurs sont prêts. D’abord, le scénario français à 100 % avec une cession totale ou un partage entre SFR, Orange, Free et Bouygues. Découper les clients et le réseau semble être une solution pour contourner l’Autorité de la concurrence. Orange ne serait pas le gagnant, mais Bouygues et Free le serait. « Orange, en position dominante, ne peut acquérir de gros actifs», dit l’économiste Stéphane Dubreuil. En coulisse, les négociations entre les trois derniers opérateurs ont commencé, confirme Christel Heydemann, lors de la publication des derniers résultats trimestriels d’Orange : des discussions préliminaires ont lieu entre les opérateurs. Nous pensons qu’il faut consolider en France et en Europe.
SFR pourrait attirer un investisseur étranger. Des investisseurs étrangers, y compris du Moyen-Orient, pourraient se positionner. Pensons à Etisalat aux Émirats arabes unis ou à Saudi Telecom Company en Arabie saoudite. Le Moyen-Orient cherche à diversifier son économie fortement dépendante du pétrole. Ils investissent dans le tourisme, les nouvelles technologies et les opérateurs télécoms, des actifs qu’ils surveillent régulièrement. Le gouvernement surveille étroitement cette possibilité. « Si des acteurs étrangers s’intéressaient à SFR, le gouvernement serait préoccupé par des enjeux de souveraineté», a averti le ministre de l’Industrie Marc Ferracci sur CNews et Europe 1.
SFR reste un grand acteur des télécoms en France. D’après BFMTV, Orange détient 32 % du marché des box internet, Free 25 % et Bouygues 15 %. Chez SFR, 6 millions d’abonnés (24 %). La filiale d’Altice a environ 20 millions d’abonnés mobiles. Si plusieurs opérateurs se partagent SFR, les abonnés pourraient découvrir une nouvelle marque. La migration sera forcée, la suite est incertaine. En cas d’augmentation des prix des forfaits, résiliation sans frais possible.
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Stéphane Dubreuil, spécialiste des télécoms, exclut tout risque de hausse des prix des forfaits actuels suite au passage de quatre à trois opérateurs. En réduisant les concurrents, les prix augmentent généralement. C’est la théorie. En France, Free ne prévoit pas d’augmenter ses tarifs, ce qui est une particularité. Ils sont stables depuis longtemps. Il est plus facile d’augmenter les prix pour les marchés des entreprises, plus rentable.
Les syndicats chez SFR s’inquiètent d’une éventuelle vente. Abdelkader Choukrane, responsable de l’Unsa, met en garde contre les conséquences sociales graves d’une vente à la découpe chez Orange, Bouygues et Free. Ce qui intéresse les acheteurs, ce sont nos clients, nos infrastructures et nos licences. Cependant, des salariés, ils en ont déjà. Il pourrait y avoir des doublons. Sébastien Dubreuil confirme un risque important, soulignant que tout dépendra de la découpe de SFR en cas de plusieurs acheteurs.
