L’invitation piège de Trump pour sécurisent le détroit d’Ormuz

Dans un message sur Twitter, Donald Trump a exhorté la France, la Chine ainsi que le Royaume-Uni à dépêcher des navires afin de sécuriser le détroit d’Ormuz, actuellement bloqué. Cependant, ces nations ne souhaitent pas s’associer aux États-Unis dans une guerre mal planifiée et dépourvue de cadre légal, bien qu’elles aspirent à voir le détroit débloqué.
Il est bien établi que Donald Trump conduit sa diplomatie à travers les réseaux sociaux. Le porte-parole a en effet confirmé que ce sont les tweets du président qui déterminent l’orientation de la diplomatie américaine. Lorsqu’il a publié, samedi, son appel à plusieurs nations, y compris la France, le Royaume-Uni et la Chine, afin qu’elles dépêchent des navires pour sécuriser le détroit d’Ormuz, il convient donc de considérer cette déclaration avec la plus grande attention.
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Le blocus du détroit d’Ormuz, par lequel circule habituellement près d’un quart du pétrole mondial ainsi que divers autres produits, engendre une situation de crise à l’échelle mondiale susceptible de se détériorer. Néanmoins, l’invitation émanant du président américain soulève deux interrogations : la première d’ordre politique, et la seconde d’ordre militaire.
La problématique politique se présente de manière succincte.
Les nations auxquelles il s’adresse sont indéniablement impactées par le blocus d’Ormuz, cependant, il semble qu’elles n’éprouvent guère le désir de s’associer à la guerre israélo-américaine contre l’Iran, engagée en dehors de tout cadre légal. Comment concevoir que la Chine, en relation avec l’Iran qui lui fournit du pétrole, puisse s’engager aux côtés des États-Unis dans une opération de liberté de navigation ? Cela est tout à fait inconcevable.
La France n’a pas émis de commentaire concernant l’invitation de Donald Trump, laquelle suscite un certain embarras. Emmanuel Macron a déployé en Méditerranée orientale et dans l’océan Indien une portion significative de la Marine nationale, incluant le porte-avions Charles de Gaulle, et a suggéré l’établissement d’une opération européenne visant à sécuriser le détroit d’Ormuz.
Cependant, Paris, à l’instar des autres nations européennes, n’a ni été informé ni associé au déclenchement des hostilités à l’encontre de l’Iran, et n’aspire nullement à y être, de fait, intégré. Le projet d’action européenne, qui sera examiné dès aujourd’hui lors d’une réunion à Bruxelles, n’est pas envisagé pour être initié durant la période de conflit armé intense, mais plutôt ultérieurement. Cependant, la distinction est subtile entre une opération européenne autonome et une cobelligérance de fait.
Si le tweet de Donald Trump vise à exercer une pression sur ses alliés français, britanniques, et probablement italiens, il s’avère, au mieux, inopportun, et au pire, contre-productif. Lors d’une interview accordée au Financial Times lundi, Donald Trump a mis en garde l’OTAN en évoquant des conséquences « néfastes » si l’alliance ne lui apporte pas son soutien concernant la situation en Iran, ce qui laisse présager des jours tumultueux à venir.
Dans son message sur Twitter, Donald Trump affirme, dans un même élan, que les États-Unis ont déjà anéanti « 100 % des capacités militaires iraniennes », tout en soulignant qu’il requiert le soutien des flottes d’autres nations afin d’assurer la sécurité du détroit d’Ormuz. Il s’agit de l’un ou de l’autre.
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Les spécialistes affirment qu’une opération d’escorte des cargos et des pétroliers constituerait une entreprise délicate, requérant des ressources militaires substantielles sur une période prolongée, et par conséquent onéreuse, face à un adversaire qui, en dépit des milliers de bombardements, demeure résilient. Les petites embarcations des Gardiens de la Révolution, dissimulées dans la centaine de ports situés du côté iranien, constitueraient la menace la plus sérieuse, étant susceptibles de provoquer des dommages considérables dans cette voie d’eau étroite.
Cet appel de Donald Trump constitue indéniablement un indicateur d’un échec de la stratégie américaine, qui, après deux semaines de campagne intense, en vient à solliciter l’assistance des nations déconsidérées et maintenues à l’écart. Les États-Unis ont rarement engagé des hostilités dans un état d’impréparation aussi prononcé et, surtout, dans une telle méconnaissance des défis auxquels ils allaient faire face.
L’Europe commettrait une grave erreur de se rallier à cette proposition à ce stade, comme l’y incite un « Commandant en chef » qui semble piégé par ses propres actions.
