Défense nationale : trois pays sur quatre de l’UE risquent d’avoir leurs services numériques interrompus par les États-Unis

Les récentes cyberattaques contre l’Agence nationale des titres sécurisés et Parcoursup mettent en lumière les menaces liées à la sécurité des données personnelles de millions de citoyens. Cependant, les États sont actuellement confrontés à un danger accru, connu sous le nom de « kill switch ». De quoi est-il question ?
Le kill switch, également connu sous le nom de coupe-circuit d’urgence en français, représente la capacité pour l’éditeur ou l’administrateur d’un service numérique de désactiver instantanément et à grande échelle les fonctionnalités des dispositifs connectés qui soutiennent l’ensemble de nos activités économiques, académiques, administratives ou militaires.
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Dans un livre publié à la mi-avril 2026 par les Éditions du Cherche-Midi, intitulé « Black-out », les entrepreneurs français Stanislas de Rémur et Cédric Mermilliod présentent une réflexion qui mêle science-fiction et analyse stratégique. Le sous-titre de l’ouvrage est le suivant : « Et si les États-Unis interrompaient nos services numériques ? »
Suite à l’incident récent impliquant un magistrat français qui a été exclu, par décision de Washington, de tous les fournisseurs de services et plateformes en ligne américains, la possibilité d’une interruption soudaine de l’accès aux logiciels et aux systèmes d’information alimentés par des solutions américaines n’est plus purement théorique.
Une analyse récente réalisée par un groupe de réflexion internationale, The Future of Technology Institute (FOTI), met en lumière l’importance concrète de la dépendance de l’Europe à l’égard des fournisseurs américains de services numériques, en particulier concernant l’hébergement de données via le cloud computing.
Ils en arrivent à la conclusion que plus de trois quarts des pays de l’Union européenne ont recours à des services de cloud computing pour assurer des fonctions cruciales pour leur sécurité nationale. Un lien technique qui les placerait dans une situation très délicate, si les éditeurs et les propriétaires de ces infrastructures/logiciels choisissaient de restreindre l’accès aux données et aux services à distance. Selon leurs estimations, 16 États membres de l’Union européenne sont exposés à un risque significatif en cas d’activation éventuelle d’un “Kill Switch” par les États-Unis. Parmi ces pays, on retrouve des acteurs majeurs tels que l’Allemagne, la Pologne et la Grande-Bretagne.
La France est classée dans la catégorie de “risque moyen”, tout comme la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg et l’Espagne. Seule l’Autriche est réputée pour sa capacité à contrôler pleinement ses capacités numériques en privilégiant l’utilisation de technologies nationales.
Cette lecture devrait inciter rapidement les autorités françaises à mettre en œuvre la promesse de la souveraineté numérique, affichée au fronton du ministère de l’Économie.
