Le gouvernement devra faire 50 milliards d’euros d’économies de 2025 à 2027
Ces deux éléments difficilement conciliables sont traités par la Cour des comptes dans son dernier rapport public annuel, publié ce mardi 12 mars. S’il prend bonne note des 10 milliards d’euros de crédits annulés par décret en février après que le gouvernement, c’est enfin résigné de revoir à la baisse sa prévision de croissance – «décision impérative» même si une «annulation de crédits, ce n’est pas une économie».
Le lointain prédécesseur de Bruno Le Maire à Bercy (2012-2014) laisse entendre que ces milliards risquent de ne pas suffire pour ramener le déficit à 4,4 % du PIB en fin d’année. «Non seulement la prévision de croissance revue à 1 % reste encore élevée et au-dessus du consensus des économistes, mais 2023 a été décevante en matière de recettes», ajoute Pierre Moscovici.
La Cour des comptes remarque que les prévisions de recettes, de l’impôt sur les sociétés ou encore de la TVA, risquent d’être moindres qu’attendu et souligne que «le gouvernement n’a pas intégré d’hypothèse de revalorisation du traitement des agents publics, dans un contexte avec lequel l’inflation attendue en 2024 est encore significative et où les revalorisations de 2022 et 2023 sont restées inférieures à la hausse des prix ces deux années».
Le ministre délégué aux Comptes publics, Thomas Cazenave a déjà annoncé «au moins 20 milliards d’euros» d’économies en 2025. C’est déjà 8 de plus que les 12 milliards jusqu’ici inscrits dans la loi de programmation des finances publiques. «Ces 20 milliards rejoignent notre estimation, mais les économies ne sont à ce stade ni documentées ni étayées», signale Pierre Moscovici. «20 milliards, c’est très compliqué, mais ce n’est pas infaisable, estime le premier président de la Cour des comptes.
Il faut cibler les dépenses de moindre qualité et ne pas faire d’économies qui minent la croissance. Il ne faut être ni injuste ni économiquement stupide.» La Cour des comptes va participer à la réflexion puisque, comme elle l’a demandé à plusieurs reprises, elle est mandatée depuis vendredi par le Premier ministre, Gabriel Attal, pour rendre trois rapports d’ici à trois mois.
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Ce ne sera qu’un début parce que, comme le calcule la Cour dans son rapport, pour respecter sa trajectoire de dépense, le gouvernement devrait «engager de l’ordre de 50 milliards d’économies de 2025 à 2027, s’ajoutant aux 10 milliards de réductions des dépenses de l’État annoncées en février». Le gouvernement conteste le montant de 50 milliards dans sa réponse adressée à l’institution, expliquant qu’il ne correspond pas à «une cible précise de la LPFP».
Quant à l’Union européenne, qui a entériné le mois dernier la réforme de son pacte de stabilité et de croissance, elle veille. «En l’état, relève aujourd’hui la Cour des comptes, l’amélioration du solde structurel prévue en France de 2023 à 2024 demeure inférieure aux exigences du pacte de stabilité.» L’Europe pourrait avoir la France dans son viseur.
