Comment les géants du e-commerce contournent la taxe sur les petits colis

Lors de vos commandes sur Temu ou Shein, il convient de noter qu’une taxe de deux euros est désormais applicable, en théorie. Il s’agissait de la mesure adoptée par le gouvernement pour contrer l’invasion des petits colis en provenance de Chine. « Le tarif est fixé à deux euros par article, et il est primordial que nous procédions à son application dans les plus brefs délais », avait affirmé en novembre dernier Amélie de Montchalin, alors ministre des Comptes publics. Nous avons donc passé commande sur Temu, cependant, aucune taxe ne semble être applicable, selon les indications fournies par le service client : « Vous n’aurez aucun frais supplémentaire à acquitter, vous pouvez effectuer vos achats en toute confiance », nous est-il répondu.
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Autrement, comment parviennent-ils à échapper à cette imposition fiscale ? Les grandes entreprises chinoises ont élaboré une stratégie efficace. Concernant notre commande sur Temu, réalisée une semaine après l’instauration de la taxe, un élément a retenu notre attention. Concernant le suivi, notre envoi destiné à Paris a été réceptionné à LGG, c’est-à-dire à l’aéroport de Liège, en Belgique. Afin d’approfondir notre compréhension, nous nous dirigeons vers Liège, où les arrivées de petits colis en provenance de Chine ont effectivement connu une augmentation fulgurante dans cet aéroport : « Il s’agit d’un véritable tsunami de marchandises. » Cela implique, en moyenne, 3,4 millions de déclarations par jour. C’est considérable. « À cet égard, il est pratiquement impossible d’effectuer un contrôle pour la douane », nous précise Kristian Vanderwaeren, administrateur général des douanes de l’aéroport de Liège.
En effet, à Liège, il n’existe pas de taxes, contrairement à ce qui est observé en France. Provenant de Chine, si le petit colis parvient à l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle en France, il sera soumis à une taxation de deux euros par article. Cependant, si le même petit colis est expédié vers une autre destination en Europe, telle que Liège, il sera acheminé par camion jusqu’à Paris. Par conséquent, la taxe est abrogée au nom de la libre circulation des biens.
En raison de ce tour de passe-passe, la zone fret de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle opère à un rythme réduit. En l’espace de trois jours, les déclarations douanières relatives au commerce électronique ont enregistré une diminution de 92 %, entraînant le vidage de certains entrepôts, un phénomène sans précédent depuis de nombreuses années : « À compter du 1er mars, nous avons observé un véritable transfert des activités, ainsi qu’une gestion des colis traités. » Les entrepôts sont véritablement dépourvus de contenu. « Il n’y a plus aucun individu, aucun salarié de ces entreprises qui exerce ses fonctions ici », déclare Fabien Milin, secrétaire général du syndicat Solidaires Douanes.
Une imposition destinée à générer un revenu de 500 millions d’euros. Bien que la situation semble très compromise, le ministère des Petites et Moyennes Entreprises exprime néanmoins sa satisfaction quant à l’instauration de cette mesure : « Nous sommes confrontés à des plateformes de commerce électronique qui ont fondé l’intégralité de leur modèle économique sur la violation des règles. » (…) Nous avons pris l’initiative de diriger un mouvement regroupant des pays européens qui expriment leur opposition.
En novembre prochain au plus tard, une taxe sera mise en œuvre dans l’ensemble des pays européens. Cependant, il convient de noter que, afin d’éviter des coûts, Shein, par exemple, aurait orienté ses activités vers un autre pays, à savoir la Pologne, selon les déclarations de la fédération du prêt-à-porter, qui a enregistré des images d’un nouvel entrepôt s’étendant sur 740 000 mètres carrés. Les marchandises seraient expédiées en grande quantité depuis la Chine vers la Pologne. Afin d’éviter la taxe, c’est en Europe qu’ils seraient conditionnés en petits colis et acheminés par voie terrestre. C’est le scénario que craint le président de la fédération du prêt-à-porter, Yann Rivoallan.
En termes approximatifs, cela équivaut à cent fois la superficie d’un terrain de football. De surcroît, grâce à cet entrepôt de grande envergure, ils parviendront également à éluder le paiement de ces taxes. Dorénavant, au lieu de recevoir de petits colis, ils recevront l’ensemble de leurs envois en grande quantité. « Ce sont ces produits en grande quantité qu’ils vont distribuer individuellement à chaque consommateur français et européen », précise-t-il.
Shein déclare s’acquitter de l’ensemble de ses obligations fiscales et se conformer à la législation en vigueur. D’après leurs déclarations, l’entrepôt sera destiné aux produits fabriqués en Europe ainsi qu’aux retours. Temu, quant à lui, n’a pas souhaité répondre.
