La France participera à l’Eurovision 2026 sur fond de menaces de boycott

L’Eurovision 2026 s’annonce comme un événement hautement diplomatique. La France a confirmé sa participation, tandis qu’en Espagne, la chaîne publique RTVE a déclaré, le mardi 16 septembre, qu’elle ne participerait pas si Israël maintenait sa présence, dénonçant « le massacre à Gaza». L’Espagne rejoint ainsi l’Irlande, la Slovénie, l’Islande et les Pays-Bas, qui menacent également de boycotter le plus grand concours de chant au monde, prévu à Vienne, en Autriche, le 16 mai.
Mercredi, France Télévisions a confirmé sa participation, sans se prononcer sur la présence d’Israël. « France Télévisions se réjouit de confirmer sa participation», a indiqué le diffuseur dans un communiqué, précisant que la liste des participants sera décidée collectivement par les membres de l’UER (Union européenne de radio-télévision), organisatrice du concours.
La France figure parmi les cinq principaux contributeurs financiers du concours, les « Big 5», aux côtés de l’Italie, du Royaume-Uni, de l’Allemagne et de l’Espagne. Le retrait potentiel de la chaîne espagnole, soutenu par le Premier ministre et le ministre de la Culture, pourrait engendrer des problèmes économiques significatifs. Le budget de la prochaine édition pourrait être réduit, surtout si d’autres pays décident de suivre cette voie. Au total, cinq pays ont évoqué la menace de boycott, tandis que d’autres, comme la Belgique, restent indécis. Pendant ce temps, l’UER a prolongé jusqu’à mi-décembre la date limite pour que les pays participants se retirent sans pénalités financières.
Du côté israélien, la chaîne publique Kan a affirmé son intention de participer à la prochaine édition. Certains médias israéliens ont récemment rapporté une proposition de compromis de l’UER, suggérant à Israël de se retirer temporairement ou de concourir sous une bannière neutre, mais l’UER a démenti cette information.
Il est crucial de trouver une solution, compte tenu des tensions suscitées par la présence d’Israël lors des deux dernières éditions. À Bâle, en mai, l’Eurovision avait réussi à contenir la polémique jusqu’à la finale. En revanche, à Malmö, en Suède, en 2024, les eurofans se souviennent d’une édition particulièrement anxiogène, avec une sécurité renforcée et des barrières déployées pour contenir les milliers de manifestants pro-palestiniens.
Malmö a vu un mélange peu harmonieux entre eurofans en tenues scintillantes et manifestants dénonçant un génocide. « Nous sommes ici parce que nous pensons qu’il ne devrait pas y avoir de grandes fêtes. Un génocide est en cours à Gaza et Israël ne devrait pas participer, comme la Russie a été exclue il y a deux ans», a déclaré un manifestant en 2024.
Bien que l’Eurovision se présente comme apolitique, Israël n’a pas toujours agi dans la neutralité. À Bâle, la représentante israélienne, Yuval Rafael, survivante de l’attaque du Hamas contre le festival de musique Nova, a terminé second. Les références au 7 octobre 2023 avaient déjà été présentes lors de l’édition précédente, avec Eden Golan et sa chanson “October Rain”, rebaptisée « Hurricane » à la demande de l’UER. La chanteuse, qui avait terminé cinquième, a été huée lors de sa performance, malgré les efforts de la diffusion télévisée pour atténuer les sifflets.
« L’Eurovision est politique depuis sa création», rappelle Sébastien Appioti, maître de conférences au Celsa, qui étudie le concours. « On peut penser aux conflits entre la Grèce et la Turquie, l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la Russie et l’Ukraine, et plus récemment, le conflit israélo-palestinien. L’Eurovision est un champ de bataille de valeur et de visions du monde, un reflet de la société, et l’édition 2026 sera particulièrement intéressante à analyser. »
Rendez-vous donc à Vienne, le 16 mai, pour la 70ᵉ édition de l’Eurovision. La France sera présente, n’ayant pas remporté le concours depuis 48 ans, avec Marie Myriam et sa chanson « L’oiseau et l’enfant» en 1977.
