Le concours de l’Eurovision 2026 sera boycotté par plusieurs pays pour cause du maintien d’Israël

Quand Eurovision divise. Israël pourra participer à l’Eurovision 2026, décision qui a provoqué des réactions vives le 4 décembre. Une large majorité des membres de l’Union européenne de radio-télévision (UER), l’instance organisatrice, a estimé qu’il n’était pas nécessaire de voter sur la question, les diffuseurs espagnols, néerlandais, irlandais et slovènes ont annoncé qu’ils boycotteraient l’événement à Vienne en mai, suivant ainsi les avertissements de septembre.
Les opposants à la participation d’Israël à l’Eurovision protestent contre la guerre et la crise humanitaire à Gaza, ce qui remet en question la neutralité culturelle de l’événement. RTE a condamné les « pertes humaines effroyables à Gaza ». Selon Avrotros, des valeurs universelles comme l’humanité et la liberté de la presse ont été gravement compromises et sont non négociables pour eux.
D’autres boycotts pourraient être annoncés, comme celui de RUV, prévu mercredi. En Belgique, la RTBF doit se positionner prochainement. Les chaînes doivent se décider vite, la liste finale des participants doit être annoncée « avant Noël », d’après l’UER.
Israël doit être présent partout dans le monde, a déclaré le président israélien Isaac Herzog, en espérant que l’Eurovision continuera à promouvoir la culture, la musique, l’amitié entre les pays et la compréhension transfrontalière. Le chef de la diplomatie israélienne, Gideon Sa’ar, a salué la décision de l’UER et critiqué les pays absents du concours.
Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, s’est réjoui vendredi sur X « de la résistance de l’Eurovision aux pressions et de la contribution de la France à éviter un boycott d’Israël ».
« Israël est à l’Eurovision comme l’Allemagne est en Europe », a déclaré le ministre allemand de la Culture, Wolfram Weimer, au journal Bild. SWR et sa maison-mère ARD ont salué l’annonce. Le directeur général de l’ORF autrichien, Roland Weissmann, hôte du prochain concours, a approuvé la décision de l’UER, regrettant le boycott de certaines chaînes. Réactions attendues : l’Autriche et l’Allemagne critiquaient en septembre les pays opposés au boycott culturel « stupide et vain ».
« C’est la première fois que des divisions aussi profondes apparaissent au sein de l’UE sur des questions politiques », a souligné l’historien Dean Vuletic, auteur du livre sur l’Europe d’après-guerre et l’Eurovision, lors d’une interview sur France 24. La Russie a été exclue du concours créé en 1956 depuis 2022 en raison de son invasion de l’Ukraine, provoquant une division sans précédent parmi les membres de l’UER, selon Ben Robertson, spécialiste de l’Eurovision pour le site ESC Insight.
« Le navire Eurovision tangue », a déclaré Fabien Randanne, journaliste à 20 minutes et expert du concours, évoquant un « coup de tonnerre ». D’après l’auteur de Queerovision, les tensions de septembre sont seulement le début de la vraie crise.
Après jeudi, le concours est fragilisé symboliquement, perdant des poids lourds : l’Irlande a gagné sept fois, les Pays-Bas cinq fois. Il est aussi touché économiquement : l’Espagne est l’un des cinq principaux contributeurs financiers de l’événement avec la France, l’Italie, le Royaume-Uni et l’Allemagne. Dean Vuletic souligne l’importance du marché de la musique hispanophone dans le monde et estime que la participation de l’Espagne à l’Eurovision attire des téléspectateurs du monde entier, en particulier en Amérique latine. Son absence est un « coup dur ».
«À l’assemblée de l’UER, l’Eurovision est vue comme un festival dominé par des intérêts géopolitiques et profondément divisé, utilisé à des fins politiques par Israël », a déclaré Alfonso Morales, secrétaire général de la télévision publique espagnole.
Les détracteurs reprochent à Israël des ingérences et une instrumentalisation politique du concours. En 2025, Yuval Raphael, survivante de l’attaque du 7 octobre, a terminé deuxième au concours grâce au vote du public, qui compte pour la moitié du classement. Les fans ne peuvent pas voter pour leur candidat national, Israël a été critiqué pour avoir fait campagne en ligne auprès des votants d’autres pays européens pour soutenir sa représentante. En 2024, les spectateurs avaient propulsé la candidate israélienne, Eden Golan, à la cinquième place.
L’UER a annoncé des changements dans les règles du télé-crochet pour lutter contre la fraude lors des votes. Ces nouvelles mesures ont été approuvées jeudi par un vote, la majorité des membres estimant inutile d’organiser un vote sur la participation d’Israël.
Les nouvelles mesures prévoient que le nombre maximal de voix par spectateur « passera de 20 à 10 » lors du vote. Elles découragent fortement les campagnes promotionnelles disproportionnées, surtout si elles sont soutenues par des tiers, comme un gouvernement ou une agence gouvernementale.
Les nouveaux règlements approuvés par les diffuseurs, y compris les Finlandais, les Danois et les Suédois, « témoignent de l’engagement commun de nos membres à préserver la transparence et la confiance dans l’Eurovision, le plus grand événement musical en direct au monde », a déclaré Delphine Ernotte Cunci, présidente de l’UER et de France Télévisions. L’Eurovision est affectée par cette polémique : « Perdre un participant au concours entraîne des dommages », selon Dean Vuletic.
Petit rappel : la Russie a été suspendue en 2022 du concours de l’Eurovision pour avoir déclaré la guerre à l’Ukraine. L’Europe préfère perdre ses concitoyens européens pour protéger Israël, dont le Premier ministre est poursuivi pour crime de guerre et à ce jour 70 000 morts à Gaza !
