Périscolaire : “Le moindre e-mail d’un parent mécontent va entraîner une suspension” !

Les sept syndicats représentant les travailleurs du secteur périscolaire à Paris ont lancé un appel à la grève qui débutera le lundi 11 mai et se poursuivra jusqu’au 22 mai, selon les informations de France Inter et France Culture. L’intersyndicale exprime des réserves quant au plan de 20 millions d’euros proposé par le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire. Elle met également en lumière un environnement de méfiance généralisée qui pèse sur les agents depuis les révélations de violences physiques ou sexuelles à l’automne 2025.
Selon Éric Leclerc, directeur d’accueil périscolaire et délégué du syndicat Supap-FSU, la réception d’un simple courriel de mécontentement de la part d’un parent entraînera une suspension. Les animateurs ont commencé à ressentir une grande agitation, comme l’explique l’intervenant. Pour illustrer, il mentionne le cas de deux enfants sur le point de se battre dans la cour de récréation, mettant ainsi l’animateur face à un dilemme. Est-ce que je devrais séparer les enfants, au risque de saisir l’épaule ou le bras d’un enfant et d’être accusé de violence ? Dois-je procéder au changement d’un enfant en maternelle qui a eu un accident urinaire ?
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Selon Alexandre Herzog, directeur périscolaire d’une école parisienne et délégué syndical à la CGT, ce qui est remis en question, c’est la suspension automatique qui a lieu dès qu’un signalement est effectué, même si aucun cri n’a été poussé envers un enfant. En effet, actuellement, certains collègues se voient suspendus pour avoir simplement élevé la voix. Il exprime son regret en soulignant qu’il est inapproprié de traiter de manière similaire un agent qui aurait élevé la voix, crié ou maltraité un enfant, par rapport à un autre agent qui aurait délibérément porté atteinte à l’intégrité physique d’un enfant.
Barka Zerouali réplique en soulignant que lorsqu’un enfant s’exprime, il rapporte des événements et il est légitime qu’une entité prenne des mesures préventives en attendant de vérifier ces événements. La cofondatrice du collectif #MeTooÉcole, créé en novembre 2025, ne saisit pas les revendications des syndicats. D’après son point de vue, remettre en question la pratique des suspensions automatiques des agents lors de signalements ne concernant pas des violences sexuelles revient à remettre en cause la crédibilité des déclarations des enfants.
Interrogée par France Inter, la municipalité de Paris affirme sa volonté de ne pas prendre de risques. Selon Anne-Claire Boux, adjointe au maire de Paris en charge des affaires scolaires et de la petite enfance, cette décision relève d’un principe de précaution visant à éviter d’éventuelles plaintes, d’où la suspension en attendant d’éclaircir la situation. Les actions entreprises par la municipalité de Paris visent à restaurer la confiance.
Toutefois, l’élue affirme être disposée à exercer un discernement accru concernant les comportements impulsifs, plutôt que la violence physique. Des annonces concernant les conditions de travail, la réduction de la précarité et d’autres revendications syndicales sont également prévues pour le mois de juillet. Environ 10 666 agents du périscolaire parisien, soit les deux tiers de l’effectif total de 16 000 agents, sont des vacataires. Selon France Inter, les syndicats anticipent une forte mobilisation pour cette grève. Chaque agent est autorisé à effectuer un seul débrayage d’une durée maximale d’une heure par jour, par exemple à midi, ce qui est amplement suffisant pour perturber l’organisation de l’accueil des enfants. Les syndicats ont également prévu d’organiser une manifestation le 19 mai devant la Direction des affaires scolaires (Dasco) de la ville de Paris.
Depuis le début de l’année 2026, 78 agents de la ville de Paris ont été suspendus de leurs fonctions dans les écoles parisiennes, parmi lesquels 31 sont soupçonnés de violences sexuelles. Ces chiffres, selon Emmanuel Grégoire, reflètent un caractère « systémique ». Le nouveau maire socialiste de Paris considère cette situation comme une « priorité absolue » depuis le début de son mandat. Il se rendra lundi à l’école Saint-Dominique (7ᵉ arrondissement) afin d’engager un dialogue avec le personnel et les familles, suite au dépôt d’une trentaine de plaintes pour viols, agressions sexuelles et violences sur des enfants fréquentant cette école maternelle.
Cela ressemble à du n’importe quoi ! Il va y avoir des règlements de compte entre parents et agents. On ne traine pas dans la boue une personne sur une simple suspicion, même si celle-ci vient d’un enfant !
