En France, seulement 43% des espèces dites “menacées” sont réellement protégées par la loi

En France, seulement 43% des espèces dites
Selon une étude réalisée par AXA Climate et consultée par France Inter ce dimanche, seulement 43 % des espèces qualifiées de « menacées » bénéficient réellement d’une protection légale en France. Cette étude met en évidence « un décalage persistant entre la menace et la protection » ainsi qu’une « inertie structurelle ».

« Le constat est sans équivoque : en France, moins de la moitié (43 %) des espèces identifiées comme menacées bénéficie d’une protection juridique. » Ce taux connaît une légère augmentation en fonction du niveau de risque : 39 % pour les espèces qualifiées de « vulnérables », 43 % pour celles considérées comme « en danger » et 51 % pour celles classées « en danger critique », selon les données fournies par l’étude.

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Nous sommes néanmoins quelque peu étonnés par l’ampleur de ce chiffre. « Il traduit des connaissances scientifiques qui évoluent à un rythme nettement supérieur à celui du cadre juridique », déclare Rémy Poncet, scientifique et responsable de l’exploration et de l’innovation chez AXA Climate, lors d’une interview accordée à France Inter. « Le statut de protection s’avère insuffisant », ajoute-t-il. « Nous pouvons espérer que les avancées se produisent plus rapidement. » « Une proportion significative de la biodiversité française reste vulnérable, entraînant des conséquences directes sur le fonctionnement des écosystèmes et les services qu’ils fournissent », résume l’étude.

L’analyse réalisée par AXA Climate, une entité du groupe d’assurances spécialisée dans l’adaptation au changement climatique, met en évidence une disparité notable entre les différentes espèces : 95 % des 1 527 oiseaux, des 396 reptiles et des 342 mammifères considérés comme menacés bénéficient de mesures de protection, tandis que ce pourcentage chute à 6 % pour les 71 443 insectes également classés comme menacés, comme il est indiqué dans l’étude.

De surcroît, 67 % des récifs coralliens français se trouvent au sein d’un parc naturel, néanmoins, leur état demeure préoccupant. Ils subissent, entre autres, les conséquences des ruissellements de produits phytosanitaires ainsi que du réchauffement des océans. Les données révèlent également des disparités géographiques, indiquant une protection des espèces plus prononcée dans les territoires d’outre-mer par rapport à la France métropolitaine. En effet, la France métropolitaine et la Corse abritent le plus grand nombre d’espèces menacées, s’élevant à 1 445, en comparaison avec les territoires d’outre-mer. Cependant, seules 34 % d’entre elles bénéficient d’une protection juridique, ce qui représente le troisième taux de protection le plus faible parmi les territoires analysés, comme le souligne l’étude.

L’étude souligne également l’interdépendance qui existe entre les différentes espèces. La protection du castor d’Europe, qui a été le premier mammifère à bénéficier d’une protection juridique en France en 1909, contribue à « maintenir en bon état » l’ensemble d’un écosystème, puisque le castor « exerce des effets mesurables sur les communautés de pollinisateurs », en particulier les syrphes, qui représentent le deuxième groupe de pollinisateurs après les abeilles. « L’association du castor avec les zones humides entraîne également le retour de la mouche », souligne Antoine Denoix, le président-directeur général d’AXA Climate. « Il est essentiel d’appréhender cette complexité de la biodiversité afin d’élaborer des politiques publiques qui ciblent efficacement les enjeux pertinents, pour des causes justes », affirme le PDG.

Ces insectes jouent un rôle crucial dans la pollinisation d’au moins 72 % des cultures alimentaires à l’échelle mondiale, ce qui représente une contribution estimée à environ 275 milliards d’euros par an. Néanmoins, 37 % des 890 espèces de syrphes identifiées en Europe sont actuellement menacées, et plus d’un quart d’entre elles subissent déjà les conséquences des modifications d’habitats engendrées par le changement climatique, comme le souligne le document d’AXA Climate.

Ce n’est pas la première fois que des recherches scientifiques ou des entités publiques mettent en évidence un écart entre les espèces menacées et celles qui bénéficient d’une protection. En revanche, il s’agit de la première occurrence où cela est abordé de manière aussi systématique, quantifiée et à une telle échelle. AXA Climate, qui alloue plusieurs centaines de millions d’euros aux sinistres liés aux changements climatiques (400 millions en 2023), souhaite mettre en lumière un point aveugle entre la connaissance scientifique et la protection effective, afin de mieux intégrer ces risques dans les décisions économiques.

La catégorie « en danger critique » fait référence aux espèces qui se trouvent confrontées à un risque d’extinction à l’état sauvage d’une extrême gravité. La catégorie « en danger » fait référence aux espèces qui sont exposées à un risque considérable d’extinction à l’état sauvage dans un avenir proche. La catégorie « vulnérable » fait référence aux espèces qui se trouvent exposées à un risque significatif d’extinction dans leur milieu naturel à moyen terme. Elles satisfont à au moins l’un des critères établis par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

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