Championnats d’Europe de natation : le bilan

Coupe du monde 2026

Il y avait Léon Marchand, évidemment. Mais il n’y avait pas que lui. Au terme d’une semaine riche en émotions au Centre aquatique olympique de Saint-Denis, en ébullition tout du long, l’équipe de France quitte “ses” championnats d’Europe avec onze médailles (quatre en or, quatre en argent et trois en bronze).

Avec ses deux locomotives diminuées par les blessures, l’émergence de Mary-Ambre Moluh, la confirmation de plusieurs jeunes et une densité retrouvée dans les relais, les Bleus ont surtout montré qu’ils étaient en train de changer de dimension.
Marchand, le patron a encore dépassé ses limites et les attentes

Il devait être la grande attraction de cet Euro à domicile. Il l’a été. Malgré son adducteur droit touché six semaines plus tôt, qui l’a contraint à alléger son programme, Léon Marchand a terminé la semaine avec deux titres individuels, pour deux démonstrations d’une insolence dont lui a seul a le secret, sur 200 m papillon puis 400 m nage libre, auxquels s’ajoute l’argent du 4×200 m nage libre et le bronze du 4×100 m 4 nages masculin.

Le Toulousain reste donc l’empereur de son milieu, et a surtout opéré avec brio, et de manière spectaculaire, sa mue vers le crawl. ”Un avion de chasse”, selon Camille Lacourt, qui voit en Marchand l’une des deux locomotives d’une équipe qu’il juge désormais beaucoup plus solide. Mais cette semaine a aussi montré que la France pouvait désormais compter sur davantage de figures fortes.
Moluh et le dos français envoient un message

C’est peut-être le symbole le plus fort de la semaine. Mary-Ambre Moluh n’est plus seulement une jeune pépite prometteuse : à 20 ans, elle est devenue championne d’Europe du 100 m dos et recordwoman du continent en 57”94. Et elle avait déjà pris l’argent sur 50 m dos, en améliorant son record de France. ”Elle est passée de quelqu’un qui est qualifiée en équipe de France, à championne d’Europe, avec le record d’Europe”, souligne Denis Auguin, Directeur technique national de la FFN.

Le DTN insiste surtout sur le caractère de la jeune pensionnaire à l’Insep, sa lucidité et sa capacité à assumer l’affrontement. ”Elle a fait une course de taulière [sur 100 m dos], elle est partie devant et elle a assumé de bout en bout”, a-t-il rappelé. Pour Camille Lacourt, le changement est encore plus spectaculaire. ”On a une vraie tête d’affiche au niveau européen, voire au niveau mondial avec Mary-Ambre, nous assure l’ancien dossiste et quintuple champion du monde entre 2011 et 2017. Et ça, on ne l’avait pas il y a encore une semaine.”

Cerise sur le gâteau, elle n’était pas seule. Pauline Mahieu, 27 ans, a également décroché deux médailles de bronze, sur 200 puis 100 m dos. De quoi installer un véritable duo français au sommet européen de la spécialité.
Grousset bluffant, Ndoye-Brouard décevant, la jeunesse pousse

Deux mois après sa fracture du pied, Maxime Grousset a réussi son pari fou. Médaillé d’argent sur 50 et 100 m papillon, le Français a retrouvé le podium continental alors que sa préparation avait été profondément bouleversée. Une performance qui impressionne forcément. ”Il a tout de suite cru que c’était possible”, raconte Auguin, qui décrit un nageur doté d’une ”vraie capacité de rebond”.

Tout le monde n’a cependant pas vécu la même semaine. Yohann Ndoye-Brouard repart particulièrement frustré, malgré le bronze du relais dimanche soir. Attendu pour une, voire deux médailles sur ses distances en dos, il a d’abord été éliminé sur une erreur stratégique sur le 200 m, avant de terminer au pied du podium sur le 100 m dimanche. Une semaine à oublier au regard de ses ambitions et de son statut.

À l’inverse, la jeune génération a frappé à la porte. Le Corse Sauveur Cristofini, 16 ans, a engrangé de l’expérience et confirmé des aptitudes qui le placent déjà très haut dans les standards internationaux, autant sur 200 m que 400 m nage libre. Nathan Muratory (18 ans) a, lui, marqué les esprits avec son record du monde juniors sur 200 m dos, en séries.

“Il y a beaucoup de choses intéressantes, et c’est cette forte densité qui va nous permettre de progresser encore d’ici à deux ans et les JO de Los Angeles”, résume Denis Auguin. Le DTN prévient toutefois qu’il faudra laisser le jeune Corse grandir tranquillement : ”Il faut surtout lui foutre la paix.” La formule dit beaucoup de la volonté de ne pas brûler les étapes.
Les relais, le meilleur indicateur de la densité

C’est peut-être là que le bilan prend le plus de sens. L’argent du 4×200 m nage libre masculin, le titre du 4×100 m 4 nages mixte, puis le bronze du 4×100 m 4 nages hommes ont confirmé une densité nouvelle. Les relais féminins ont également flirté avec le podium, avec deux quatrièmes places sur 4×100 m nage libre et 4×100 m 4 nages, les deux étant assortis d’un record de France.

Pour Denis Auguin, c’était précisément l’objectif, en ”créant de l’émergence” aussi bien individuellement que collectivement. Car avec les nouvelles règles de qualifications olympiques, la France devra disposer de davantage de nageurs capables d’évoluer au plus haut niveau. ”Si on veut être une nation conquérante aux JO, il faudra qu’il y ait de la densité”, insiste le DTN.

Et c’est finalement ce que retient Camille Lacourt. Derrière les ”personnalités extraordinaires” de Marchand et Grousset, toute une équipe semble désormais se persuader qu’elle peut atteindre très haut. Une culture de la performance qui, selon le consultant France Télévisions, commence à s’installer. À deux ans des Jeux de Los Angeles, c’est sans doute la plus belle promesse laissée par ces championnats d’Europe de Saint-Denis.

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