La France est incapable de connaître le nombre de soignants infectés par le covid-19 ?

SantéMais combien de soignants ont contracté la maladie en France depuis le début de l’épidémie ? Comme elle, cela fait des semaines que plusieurs acteurs de la santé réclament un recensement des cas dans leurs rangs, afin de prendre la mesure de la crise sanitaire.

Un premier pas a été accompli à la mi-mai, quand Santé publique France a publié quelques données brutes concernant les établissements de santé après la mise en place d’une surveillance le 22 avril.

Selon le dernier bulletin hebdomadaire disponible, quatorze salariés ont perdu la vie, donc quatre médecins, trois aides-soignants, un professionnel de santé « autre » et six professionnels non soignants. Plus largement, au moins 28 050 professionnels des établissements de santé ont été infectés ou considérés comme « cas probables » depuis le début de l’épidémie en France.

S’il est impossible de connaître avec détail l’origine des contaminations – intra ou extra-hospitalière – cela représente tout de même 23 645 professionnels de santé et 2 828 personnels non soignants dans les 1 154 hôpitaux publics et privés qui ont rempli le formulaire de déclaration. Problème : ces données restent partielles car il existe en réalité plus de 3 000 établissements de santé disposant de capacités d’hospitalisation.

Contactée par franceinfo, Santé publique France reconnaît que ces chiffres portent simplement sur « environ 40% des établissements de santé » et qu’il est donc possible qu’un « plus grand nombre » de soignants aient été réellement touchés. D’autant que ces données nationales ne permettent pas de prendre en compte les disparités régionales, notamment en Ile-de-France, dans le Grand-Est et dans les Hauts-de-France, car les Agences régionales de santé (ARS) n’ont pas été associées à ce programme de surveillance. Sans les effectifs globaux, il est toutefois difficile de connaître le taux d’infection par profession – à ce sujet, Santé publique France promet des « analyses complémentaires ».

Dans les établissements qui ne disposent pas d’un service de santé au travail, « les motifs des arrêts de travail prescrits par un médecin traitant ne sont pas toujours connus », souligne Jean-François Gehanno, professeur de médecine du travail au CHU de Rouen. « Des enquêtes plus poussées auraient pourtant dû être menées dans les hôpitaux », estime Laurent Laporte, cadre de santé à Cadillac (Gironde) et responsable au sein de la CGT-Santé.

De son côté, le Haut Conseil à la santé publique estime que l’incidence du Covid-19 chez les professionnels de santé de l’AP-HP a évolué de la même manière que dans les populations diagnostiquées dans ses établissements. Contactée par franceinfo, la Caisse autonome de retraite des médecins de France (Carmf) estime que 6 000 des 123 900 médecins libéraux ont contracté la maladie ou ont réclamé un arrêt en raison de facteurs de risque.

« Des professionnels de santé ne souhaitent pas être associés à cette démarche, estimait alors le directeur général de la santé. Mais toujours selon la Caisse autonome de retraite des médecins de France, 40 médecins sont morts du Covid-19, dont 14 à la retraite – il n’est pas précisé si ces derniers participaient ou non à la réserve sanitaire.

Le Groupe d’étude sur le risque d’exposition des soignants aux agents infectieux (Geres) mène tout de même une enquête individuelle ouverte à tous les professionnels de santé, avec le soutien de Santé publique France. Ces formulaires doivent permettre d’en apprendre davantage sur les circonstances des contaminations, mais au 19 mai, seuls 1 800 formulaires avaient été reçues par l’association, dont 13% issus de professionnels de ville (une centaine de médecins).

Toute la difficulté sera d’évaluer l’origine des contaminations car les professionnels « peuvent l’avoir contracté au contact avec des malades, entre soignants ou dans la communauté, comme tout un chacun ».




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