«Si je revends mes prescriptions, ça me rapporte plus de 1.000 euros»

MédicamentsSur le trottoir, un homme chuchote: «Métha?, métha?» Marco est vendeur et cherche sa clientèle dans le quartier. Moi, je vais chez le médecin et je récupère une ordonnance».

Marco suit un traitement contre la dépendance à l’héroïne qui limite fortement le risque d’overdose. Tant qu’il n’est pas pris en train de revendre, il ne court aucun risque de se faire attraper par la police. Il prend toujours sur lui une copie de son ordonnance afin de prouver que la drogue de substitution lui appartient.

Ce petit bout de papier tamponné dont les prescriptions sont remboursées par la sécurité sociale lui tient aussi lieu de fiche de paie. «Si je les revends, ça me rapporte plus de 1.000 euros.»

Marco se fournit aussi en Skenan® dont il revend chaque gélule de 10 milligrammes entre 5 et 10 euros, leur valeur d’échange dans la rue. Il connaît un médecin dans le quartier de la gare du Nord à Paris, qui ferme facilement les yeux.

Le Subutex® se consomme habituellement sous la langue, mais les plus gourmand·es le diluent avec du jus de citron, puis l’épurent avec du coton ou un filtre à cigarette.

Charlotte, médecin généraliste, connaît bien la manière dont ces médicaments sont détournés. Chez les patient·es atteint·es de cancer, le Skenan® agit contre les douleurs chroniques. Un·e médecin averti·e tentera cependant de minimiser la dose indiquée sur l’ordonnance.

«Pour obtenir une ordonnance d’opiacés, il suffit de dire à son médecin qu’on a des douleurs très intenses. Ça peut marcher», confirme Marco.

Les médecins ce font agresser. Ce qui intéresse l’agresseur, ce n’est le stéthoscope, ce sont les feuilles d’ordonnances et le tampon.»

Certain·e.s praticien.ne.s se font déborder comme «un médecin que je connais qui a dû fermer son cabinet. Ils le mettaient sous pression pour qu’il leur balance des ordonnances».

La sécurité sociale avait remarqué un nombre anormalement élevé de demandes de remboursement. Marco sait qu’il est susceptible d’avoir des problèmes. En théorie, le système est informatisé et chaque bénéficiaire de la sécurité sociale ne peut cumuler les prescriptions.

Car il est toujours possible de demander à son médecin un «chevauchement», d’ordonnance une pratique encadrée par l’article R.5132 du Code de la santé publique.

Entre 2000 et 2017, les chiffres montrent une augmentation de 146% des décès. Depuis longtemps, les opiacés constituent la première cause de mortalité par overdose en France.




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