La grande distribution a-t-elle tenu ses promesses en achetant Français ?

GrandeDans son blog, Michel-Édouard Leclerc, patron de l’enseigne éponyme, assure que les produits d’origine étrangère seront « anecdotiques ». Chez Intermarché, on parle à la fois d’un « soutien aux filières agricoles françaises » mais aussi de la « défense du pouvoir d’achat des Français ».

Il y a vraiment eu un recentrage sur les achats d’origine France », assure à Reporterre Luc Barbier, secrétaire général de la Fédération nationale des producteurs de fruits (FNPF). « La pression syndicale et gouvernementale a fonctionné », renchérit Bruno Vila, président de Rougeline, secrétaire général des producteurs de légumes de France, également membre d’Interfel.

« Approvisionnez-vous en produits français », enjoignait dès le 24 mars, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie. « C’est comme cela que la machine va redémarrer », avait-il déclaré sur BFM. « Ils ne se sont pas réveillés d’un seul coup le 17 mars au matin », remarque David Eychenne, porte-parole départemental de la Confédération paysanne de l’Ariège. »

En effet, la production française est loin d’être auto-suffisante : la moitié des fruits et légumes consommés provient de l’étranger. « À force de ne privilégier que le prix dans l’acte d’achat, le consommateur a mis en difficulté les paysans français », assure Luc Barbier de la FNPF.

L’origine française doit être privilégiée », estime Gérard Majorel, producteur à Thuis dans les Pyrénées-Orientales et membre de la Fédération nationale des producteurs de fruits. Sachant que la moitié de nos coûts de production passent en main d’œuvre, le différentiel est énorme », précise Luc Barbier.

« Il faut instaurer un prix minimum d’entrée aux frontières afin de pouvoir s’aligner sur le prix de revient de la production en France. On pourrait également réguler les importations : les fraises par exemple pourraient entrer uniquement au moment où nous n’en produisons pas », propose Damien Houdebine, secrétaire national du syndicat. « Oui, c’est une revendication compliquée », concède-t-il. »

Cette crise serait-elle l’occasion de rebattre les cartes afin d’instaurer un nouveau système plus équitable pour les producteurs ? « Essayons d’en tirer des enseignements et de ne pas retomber dans les travers des prix bas et des promotions à tout va », espère Bruno Vila.

« Il y avait déjà une certaine attente dans ce sens avant que le coronavirus vienne tout perturber », assure Gérard Majoral. Mais Luc Barbier demeure sceptique : « Regardez le comportement que certains ont eu quand les McDo ont rouvert leur drive. »

Dans son allocution du 13 avril, Emmanuel Macron a estimé qu’il faudrait « rebâtir une indépendance agricole, sanitaire, industrielle et technologique française et plus d’autonomie stratégique pour notre Europe ». Mais au-delà des grands discours, il n’a pas encore répondu à une équation insoluble à laquelle l’agriculture française demeure confrontée : comment nourrir un maximum de gens à un prix minimum tout en maintenant le revenu des agriculteurs à un niveau décent ?




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