Comment les autorités tentent de combattre la fourmi électrique

Un nouvel emplacement de nid de fourmis électriques a été identifié dans le Var, à Cavalaire-sur-Mer, comme indiqué par la préfecture le jeudi 9 avril. Le premier foyer a été identifié à Toulon en 2022, suivi du deuxième à La Croix-Valmer en 2024, située à environ soixante kilomètres de là. À l’heure actuelle, le département demeure le seul en France métropolitaine touché par la présence de cette espèce exotique envahissante, caractérisée par son agressivité et son impact néfaste sur la biodiversité.
Avec une longueur d’approximativement un millimètre, la fourmi électrique, connue sous le nom scientifique de “Wasmannia auropunctata”, compense sa taille réduite grâce à une attaque semblable à une décharge électrique légère, ce qui explique son appellation. En 2024, Olivier Blight, enseignant-chercheur à l’université d’Avignon, décrivait la piqûre comme étant douloureuse, comparable à une piqûre d’ortie mais plus intense et persistante, lors d’une intervention sur Sud Radio. Il est parfois possible d’observer des réactions inflammatoires sévères chez les individus humains, tandis que des cas de cécité ont été documentés chez les animaux domestiques. Cependant, selon l’universitaire, la fourmi ne constitue pas un vecteur de maladies et ne présente donc aucun risque pour la santé humaine. En revanche, la fourmi électrique représente un problème pour la faune locale, étant répertoriée depuis 2022 sur la liste des espèces préoccupantes de l’Union européenne.
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La fourmi électrique, originaire d’Amérique du Sud, est issue d’environnements tropicaux et humides. Julien Foucaud, chercheur à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), souligne qu’elle a ensuite su s’acclimater à des environnements plus arides, y compris le nord de l’Argentine. Cela a favorisé son établissement en Israël, où elle a été identifiée pour la première fois dans la région méditerranéenne en 2005. Selon le chercheur, tous ses déplacements sont principalement associés au commerce de végétaux. Lorsqu’on déplace du sol, il existe un risque de le déplacer sans le remarquer. Sa petite taille la rend si facile à transporter qu’on peut le faire sans même s’en apercevoir.
L’espèce de fourmi électrique a été introduite en Europe de 2015 à 2020. Elle est arrivée en provenance d’Espagne, contournant Israël. Néanmoins, les colonies identifiées à Chypre et en France sont étroitement associées à celles repérées en Israël, selon les précisions de Julien Foucaud.
Si l’espèce se déplace lentement, elle peut atteindre une densité très élevée, allant jusqu’à 20 000 fourmis par mètre carré, comme le souligne Julien Foucaud. Au Brésil, la forte présence de la maladie a conduit à l’abandon de zones agricoles, comme l’explique Julien Foucaud : « Les plantations de cacao ont été envahies par la maladie, ce qui a entraîné le refus des ouvriers agricoles de s’y rendre. »
En Nouvelle-Calédonie, la fermeture de plantations de café, présentes depuis de nombreuses décennies, a été motivée par la même cause. Dans cette région ultramarine, la biologiste Céline Bellard a expliqué dans une vidéo du CNRS en décembre 2025 que l’espèce en question s’était répandue sur toute l’île, en particulier dans les forêts tropicales. Lorsqu’on pénètre ces forêts, le silence règne car la fourmi, en raison de son agressivité et de sa territorialité extrêmes, forme des supercolonies avec plusieurs reines, hormis ainsi toute autre espèce d’insectes de ce territoire.
Les deux premiers sites en France, couvrant chacun une superficie de deux hectares, peuvent également être considérés comme des supercolonies, comme le souligne Olivier Bright, la distinction se faisant à quelques centaines de mètres carrés près.
Julien Foucaud souligne que la fourmi électrique est très prédatrice. En effet, elle s’attaque à tous les arthropodes qu’elle rencontre, y compris les abeilles et les araignées, ainsi qu’aux amphibiens tels que les grenouilles et les crapauds. De plus, elle peut aussi attaquer les oiseaux dans leurs nids. Il insiste sur le fait qu’elle rejette tout. En outre, d’après l’Office français pour la biodiversité, l’espèce en question présente une alimentation opportuniste et diversifiée, se composant d’invertébrés, de graines, de diverses matières végétales et de miellat de pucerons.
La fourmi électrique, invasive dans les milieux naturels, démontre une préférence pour les zones perturbées et les environnements anthropisés tels que les zones urbaines ou agricoles, selon les observations de Julien Foucaud. Particulièrement, dans ces régions vulnérables aux impacts des activités humaines, la multiplication de l’espèce se fait plus aisément par clonage que par le processus de reproduction sexuée habituellement observé dans les environnements naturels. Selon l’expert, les femelles peuvent se cloner et peuvent également cloner les mâles avec lesquels elles se sont reproduites. Dans le département du Var, toutes les populations sont issues d’une seule reine.
Même dans les régions les plus impactées à l’échelle mondiale, où la population peut atteindre des milliers voire des millions d’individus, la colonie a réussi à prospérer à partir d’une seule femelle et d’un seul mâle clonés. Un expert souligne que « l’ensemble de la Nouvelle-Calédonie a été colonisé par une seule reine », malgré le fait que la superficie de l’île principale de l’archipel équivaut à deux fois celle de la Corse.
En France métropolitaine, la situation est nettement distincte. Dans l’ensemble, les zones infestées ne couvrent actuellement qu’environ cinq hectares, comme l’explique Olivier Blight à franceinfo. Quatre ans après la détection du premier foyer, les autorités améliorent leur stratégie de contrôle fondée sur l’utilisation de produits chimiques. Jusqu’à maintenant, seules les entreprises commercialisant des insecticides, sous forme de dispositifs contenant des granulés, étaient autorisées.
Face à l’inefficacité de l’approche précédemment adoptée, établie sur l’installation de « boîtes distributrices », les autorités préfectorales du Var ont décidé d’opter pour une méthode plus traditionnelle consistant à épandre le produit. Il était nécessaire de placer un distributeur tous les mètres. Selon Olivier Blight, il était tout à fait impensable de parvenir à éliminer les fourmis de cette manière. Par le biais d’un arrêté daté du 25 mars, le ministère de la Transition écologique a accordé une dérogation autorisant l’utilisation de deux produits, Campaign Ant Bait et Antixx, pour une durée de 180 jours.
Le premier modèle, conçu en Australie, est en usage dans ce pays ainsi que sur l’île américaine de Hawaï. L’expert souligne que le second traitement repose sur une molécule active nommée le spinosad, d’origine naturelle et approuvée en agriculture biologique. Pour le moment, le premier traitement sera maintenu en raison de son efficacité avérée. Cependant, nous allons effectuer des tests simultanément avec l’autre afin d’évaluer si des niveaux d’efficacité comparables sont observés. Dans l’affirmative, nous poursuivrons uniquement avec lui.
Fredon Paca, un organisme public spécialisé dans la gestion des espèces invasives, a achevé en collaboration avec le groupe de recherche des universités de Montpellier et d’Avignon l’élaboration de la cartographie des zones nécessitant un traitement. Avec le retour de l’activité de la fourmi électrique, la préfecture a communiqué en début du mois d’avril que la campagne de traitement allait démarrer dans les semaines à venir. Les zones les plus inaccessibles doivent être traitées avec des pesticides par le biais de drones. Une campagne d’information destinée aux résidents est également initiée, dans le but de sensibiliser particulièrement aux comportements à adopter. En janvier, Laurine Karkidès, directrice adjointe de Fredon Paca, a souligné que la surveillance des voies d’introduction et de dissémination de la fourmi électrique, une espèce exotique envahissante, est entièrement de la responsabilité de l’État, même si les habitants sont encouragés à signaler toute présence potentielle de cette espèce aux autorités.
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La France se distingue en Europe par son rôle de pionnière dans la lutte contre la fourmi électrique. Selon Olivier Blight, l’Espagne et Chypre n’ont pas encore pris d’initiative à ce sujet. En Espagne, la découverte de cet insecte a eu lieu avant qu’il ne soit signalé au niveau européen. Par la suite, il remonte le long des côtes en suivant des zones restreintes. Chypre a identifié la présence de la colonie sur son territoire la même année que la France, cependant, celle-ci était déjà largement établie. Étant donné l’impossibilité d’éradiquer la colonie, les autorités ont mis en œuvre une stratégie alternative visant à restreindre sa propagation, en particulier en protégeant des zones présentant une biodiversité importante, comme l’indique le scientifique. En France, il estime que l’éradication est encore réalisable, en se basant sur les opinions de ses collègues étrangers expérimentés dans ce domaine.
En dépit de son optimisme affiché, l’universitaire met en garde sur l’impératif d’allouer plus de ressources pour combattre la fourmi électrique. Le financement alloué pour la gestion du site de Toulon est de 190 000 euros répartis sur une période de trois ans, tandis que la France dispose, d’après ses dires, d’un budget annuel de 200 000 euros pour la lutte contre toutes les espèces exotiques envahissantes. Il estime que les ressources sont limitées alors que les risques se multiplient, notamment avec l’apparition de la cochenille du pin ou du crabe bleu. Olivier Blight affirme que, à long terme, ne pas agir coûtera plus cher qu’agir. En début d’année, Eric Hansen, directeur de l’OFB en Provence-Alpes-Côte d’Azur, a prévu que la fourmi électrique causerait des milliards d’euros de dommages.
Le spécialiste souligne également la nécessité d’adopter une stratégie globale afin de garantir une action coordonnée et efficace. Il déplore le manque d’organisation actuel, caractérisé par une répartition fragmentée des rôles selon les régions et la gestion disparate des espèces par différents organismes. Il déplore que ce manque de clarté entrave les actions nécessaires à entreprendre de manière urgente dans le but de prévenir l’aggravation de la situation, semblable à ce qui s’est produit avec le moustique-tigre et le frelon asiatique. Lorsqu’interrogé sur d’éventuels changements à apporter au budget et à la stratégie, le ministère de la Transition écologique n’a pas fourni de réponse à franceinfo.
