Est-ce que les États-Unis peuvent mettre fin aux modes de paiement en Europe ?

Les députés européens de Place publique défendent et renforcent la souveraineté européenne. Raphaël Glucksmann a dénoncé la « vassalisation » de l’Europe aux États-Unis sur France 2 le 19 janvier, qualifiant la situation d’« insupportable ». Aurore Lalucq a alerté sur les pouvoirs de Trump, soulignant qu’il peut suspendre les paiements en Europe. Il l’a déjà fait. Le Vrai ou Faux vérifie ces affirmations.
Les deux élus de Place publique discutent uniquement des paiements par carte bancaire. Lors d’un paiement par carte bancaire, l’argent emprunte un chemin du compte de l’utilisateur vers celui du commerce. En Europe, ces rails sont souvent détenus par les entreprises américaines Visa et Mastercard. Selon un rapport de la Banque centrale européenne de 2025, les systèmes de paiement internationaux par carte représentaient environ 61 % des transactions par carte dans la zone euro en 2022.
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Les systèmes nationaux prenaient en charge 39 %. En incluant les transactions de la zone euro vers l’extérieur, la part des systèmes de paiement nationaux est d’approximativement 36-37 %. Selon un rapport de la BCE signé par deux chercheurs italiens en novembre 2025, la position oligopolistique de Visa et Mastercard peut être préoccupante. Raphaël Glucksmann et Aurore Lalucq le déplorent également.
Ce n’est pas seulement un problème européen. D’après l’OCDE, citée par la BCE, Visa et Mastercard ont géré environ 80 % des paiements par carte dans le monde, sauf en Chine, au premier trimestre 2024.
Les 61 % sont une moyenne en Europe. En France, moins exposée que d’autres pays européens car nous utilisons un système de paiement national. Les paiements par CB restent majoritaires en France.
Le Comité national des paiements scripturaux (CNPS), présidé par la Banque de France, a conclu en 2020 qu’il n’y avait pas de dépendance dans les étapes d’émission et d’acceptation des paiements, que ce soit en proximité ou à distance. Cependant, la société Yavin affirme que les commerçants utilisent le réseau CB dans seulement 66 % des transactions de paiement au premier trimestre 2023.
Cette part du réseau CB diminue. Elle atteignait 72,8 % en mars 2022. Cela est dû à l’essor des paiements par carte via Apple Pay ou Google Pay, utilisant des rails de paiements américains. Ainsi, si les réseaux de paiement américains étaient suspendus en Europe, la France serait moins touchée que les autres pays. Cependant, il ne serait plus possible d’acheter sur des sites américains comme Amazon, AirBNB, ou d’utiliser Apple Pay ou Google Pay. Acheter à l’étranger est compliqué car aucun système n’existe de paiement européen, donc on utilise des systèmes américains.
Le CNPS conclut que la dépendance aux systèmes américains pour les paiements transfrontaliers intra-européens est élevée, de même que pour les paiements mobiles.
Des spécialistes pensent que Donald Trump ne suspendra probablement pas Visa et Mastercard en Europe. Selon l’économiste Anne-Laure Delatte, chercheuse au CNRS et spécialiste des questions financières et européennes, c’est « hautement improbable ».
Frédéric Guyonnet, président du Syndicat national des banques et du crédit, considère que le sujet est principalement « politique » et juge que c’est un faux argument de Madame Lalucq pour promouvoir l’euro numérique de détail. L’euro numérique est la solution de la BCE pour concurrencer les cryptomonnaies et sortir l’Europe de la dépendance aux systèmes de paiement américains. Aurore Lalucq souligne l’importance de l’indépendance européenne en matière de transactions et de flux monétaires. Il est très politique, mais dans un marché ouvert, ce serait un retour, estime-t-il.
Cependant, la BCE s’inquiète de Donald Trump, imprévisible et adepte du chantage économique. La dépendance aux systèmes de paiement américains a été soulignée dans plusieurs rapports récents, après la suspension par les États-Unis de Visa et Mastercard en Russie en 2022, après le début de la guerre en Ukraine. C’était dans un contexte de sanctions internationales.
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Frédéric Guyonnet souligne que « Visa et Mastercard sont des sociétés privées » et qu’elles « ne sont pas sous contrôle direct du gouvernement américain ». « Nous vivons dans un monde auquel les grandes GAFAM ont toutes soutenu Trump par peur de lui », explique Anne-Laure Delatte.
Il est possible que Donald Trump puisse contraindre les Gafam à suspendre leurs activités avec certaines entreprises. Sans oublier ses capacités à contourner les procédures démocratiques par le biais d’ordonnances. Anne-Laure Delatte, sur franceinfo.
D’après des chercheurs italiens ayant remis un rapport à la BCE, les États-Unis possèdent des leviers pour limiter l’accès des banques européennes aux systèmes de paiement américains. L’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA( et le NEA autorisent le président américain à désigner des entités spécifiques et à interdire aux Américains et aux entreprises américaines de faire des transactions avec elles. Les États-Unis peuvent exclure des secteurs financiers entiers de l’utilisation de ses « rails » de paiement. En 2017, le CAATSA autorise le Congrès américain à imposer des sanctions secondaires aux entreprises non-américaines traitant avec des individus sanctionnés, menaçant ainsi leur accès au marché ou au système financier américain.
Cependant, selon Anne-Laure Delatte, il serait plus crédible d’imposer des sanctions ciblées sur une personne ou une entité plutôt que d’opter pour un arrêt de masse coûteux pour les entreprises. Donald Trump l’a déjà fait.
Le 20 août 2025, le président américain a sanctionné neuf magistrats de la Cour pénale internationale, dont le juge français Nicolas Guillou, pour avoir émis des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien et son ministre de la Défense, accusés de crimes de guerre et contre l’humanité à Gaza.
