“Tout est offert gratuitement, mais cela coûte de l’argent” : le défi de financer la visite du pape

Il est hors de question de faire circuler des corbeilles au milieu des 600 000 fidèles rassemblés place de la Concorde et sur les Champs-Elysées le samedi 26 septembre pour assister à la messe présidée par le pape Léon XIV. Sylvie Bretones, responsable de la collecte de fonds pour le séjour papal au sein du diocèse de Paris, envisage la diffusion de QR codes sur les écrans géants et la promotion des dons par SMS. Si chaque fidèle contribuait avec cinq euros lors de cet événement, les dépenses liées à cette messe de grande envergure pourraient être couvertes. Selon la grande argentière en charge de la reconstruction de Notre-Dame de Paris, le défi au sein de l’Église réside dans la gratuité de ses services malgré les coûts engendrés.
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La dernière évaluation de la Conférence des évêques de France indique que les dépenses engagées lors du séjour de quatre jours de Léon XIV en France, du 25 au 28 septembre, s’élèvent à 27 millions d’euros. Ce montant est à mettre en perspective avec la première estimation de 12 millions d’euros faite au début de l’été, au moment de l’officialisation de la visite, comme le souligne La Croix. Christian Terras, rédacteur en chef de la revue Golias, qui représente le courant progressiste de l’Église, constate que « vingt millions d’euros constituent un socle minimal ».
En dehors des coûts de sécurité associés à la protection d’un chef d’État étranger, l’État ne contribue financièrement en aucune manière, sauf en cas d’accord concordataire pour la visite à Metz (la Moselle n’était pas sous souveraineté française en 1905, année de la promulgation de la loi de séparation de l’Église et de l’État, ce qui est un non-sens). En revanche, la location du Stade de France un vendredi ou la tenue d’une messe rassemblant plus de cinq cent mille fidèles un samedi entraînent des coûts. Sylvie Bretones se rappelle qu’aucun service de toilettes n’était disponible lors de la messe donnée aux Invalides lors de la visite de Benoît XVI en 2008. Cela était parfaitement acceptable à cette époque. Désormais, les fidèles bénéficieront d’un confort accru avec l’installation de 2 500 sanitaires, ainsi que de 48 écrans géants au coût unitaire de 50 000 euros, pour la célébration de Léon XIV sur la prestigieuse avenue du monde.
La résolution de cette équation semble être un défi insurmontable pour l’Église de France. La campagne de collecte de fonds a été initiée en plein été, période pendant laquelle les Français et les fidèles étaient préoccupés par d’autres choses. La vente de produits dérivés au début du mois de septembre ne permettra de couvrir qu’une partie du montant requis.
Cependant, il existe un guide pratique pour mener à bien ce genre d’exercice : Megaeventos de la Iglesia catolica. L’auteur, Yago de la Cierva, est reconnu pour son rôle de coordination dans des événements catholiques majeurs tels que les Journées mondiales de la jeunesse de Madrid en 2011, de Cracovie en 2016, ainsi que la Rencontre mondiale des familles à Philadelphie (États-Unis) en 2015. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait été chargé d’organiser la visite du Pape Léon XIV au printemps dernier, un événement de grande envergure semblable à celui de Paris.
Cependant, en Espagne, on bénéficie d’avantages qui ne sont pas disponibles en France. D’après le périodique économique Expansion, environ la moitié du montant total de la facture, évaluée à 25 millions d’euros, a été réglée grâce à des contributions de sociétés, de fondations et de généreux donateurs. Des sociétés françaises de renommée internationale telles qu’Orange ou JCDecaux ont apporté leur soutien financier et matériel lors du voyage du pape Léon XIV à Madrid et Barcelone. Certaines organisations sont beaucoup plus réticentes à être liées à un événement religieux dans un pays qui est considéré comme le champion de la laïcité. Sylvie Bretones soupire en constatant que cette situation ne pose aucun problème dans d’autres pays. En France, la situation est bien plus délicate pour elles.
Il convient également de prendre en compte 30 % du montant provenant du trésor de l’Église d’Espagne et 20 % provenant de fonds publics, jusqu’aux autorités locales des Canaries et de Catalogne. Les contributions des fidèles ne représentent que 5 % du montant total, soit 1,25 million d’euros, d’après les données de la Conférence des évêques espagnole. Comme le souligne Yago de la Cierva dans son ouvrage établi sur son expérience, bien que ce montant ne soit pas très élevé, il permet à chacun de se sentir impliqué.
Rechercher des fonds financiers est une priorité, cependant cela ne doit pas se faire à tout prix. En mars, la presse espagnole a relayé une grille tarifaire controversée proposée par l’Église espagnole pour les personnes envisageant de faire un don, allant de 1 000 euros pour un certificat de participation en papier à plus de 500 000 euros pour une audience privée. La Conférence des évêques d’Espagne a tenté de minimiser la situation en précisant qu’il s’agissait simplement d’un document de travail élaboré par un comité local et qu’aucune des audiences privées mentionnées n’avait réellement eu lieu. Il est incertain que les dirigeants d’entreprise aient besoin de contribuer financièrement pour obtenir une audience avec le pape. Le PDG de la société énergétique Iberdrola, l’un des principaux bienfaiteurs espagnols, a été reçu en audience par le Pape Léon XIV en août au Vatican.
Il n’est pas rare qu’une idée novatrice en matière de financement fasse sensation de l’autre côté des Pyrénées. Lors des Journées mondiales de la jeunesse de 1989 à Saint-Jacques de Compostelle, le cardinal Rouco relate dans l’ouvrage intitulé « Megaeventos de la Iglesia católica » que Coca-Cola avait offert de couvrir toutes les dépenses, en échange de l’affichage du logo rouge de la marque sur l’autel et en arrière-plan du pape, tel un podium de Formule 1. Ce cas, bien qu’extrême, est très illustratif, commentait le dignitaire. La marque de boisson gazeuse avait également parrainé les Journées mondiales de la jeunesse à Madrid en 2011, mais de manière plus discrète. Yago de la Cierva explique à franceinfo : « Nous avions sollicité des sponsors pour garantir notre indépendance vis-à-vis du gouvernement. Ces entreprises nous ont également apporté leur soutien au printemps suivant, ayant été très satisfaites de leur expérience lors des JMJ. »
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Accueillir le pape engendre des dépenses considérables. La question du financement n’est pas récente, car depuis le pontificat de Jean-Paul II, le pape n’est plus confiné à Rome, mais est devenu un véritable représentant commercial du catholicisme. Selon une estimation du Los Angeles Times, la visite du pape en 1987 outre-Atlantique a coûté 93 572 dollars par heure, pour une durée totale de dix jours. Le père Riley, du diocèse de San Francisco, a admis qu’ils cherchaient à collecter des fonds sans appauvrir les fidèles.
Vingt-cinq ans plus tard, le voyage en Irlande de François était évalué à un million d’euros par heure, ce qui le rendait plus coûteux que celui de Barack Obama, comme l’a souligné The Irish Times. Le gouvernement a reconnu que la visite éclair du pape argentin au Luxembourg, d’une durée de huit heures, a engendré des dépenses dépassant 1,5 million d’euros, selon des informations rapportées par le Luxemburger Wort. L’une des rares conséquences immédiates de cet événement a été que le pape a réglé la note du café qu’il a dégusté au bar Le Gruppetto, où il s’était abrité d’une averse, comme rapporté par le journal L’Essentiel. En revanche, la bénédiction du patron et des clients de l’établissement n’a pas été tarifée.
Lors de la visite du pape François en Colombie en 2017, les organisateurs locaux ont délibérément décidé de ne pas divulguer le budget, ce mutisme étant perçu par les détracteurs comme une admission de coûts exorbitants. Diaz Bohorquez, directeur de la communication de l’événement, a tiré la conclusion suivante dans le livre « Megaeventos de la Iglesia católica » : « La transparence de l’information est essentielle dès le commencement. »
Inévitablement, lorsque des enjeux de renommée nationale sont en jeu, les coûts peuvent rapidement augmenter de manière significative. Le record absolu semble être détenu par le Cameroun, qui a investi plus de 76 millions d’euros pour la visite du Pape Léon XIV en avril, d’après les informations de Jeune Afrique. Selon Brice Molo, un universitaire camerounais de l’Institut catholique de Paris, des routes ont été construites pour relier l’aéroport au centre-ville de Yaoundé, mais ces travaux ont été abandonnés dès le départ de l’avion papal. Il était impératif pour le président inamovible Paul Biya de renouer à tout prix avec le clergé. Un chercheur souligne que lors de la campagne électorale, les membres du clergé avaient exprimé l’opinion que même le diable serait un meilleur président que lui. La pression était à son niveau le plus élevé avant cette visite.
Le gouvernement du Cameroun a puisé dans ses réserves d’or pour offrir 1,5 kg d’or au pape comme cadeau, une action qui a suscité la surprise dans ce pays classé 155ᵉ sur 193 selon l’indice de développement humain. Cependant, cette initiative n’a pas empêché le pape Léon XIV d’exprimer des critiques sévères. Brice Molo commente que les termes choisis par l’orateur étaient pertinents pour mettre en lumière les défis auxquels le Cameroun est confronté. La réaction de Paul Biya n’a pas été observée par quiconque, car la télévision nationale a délibérément évité, selon la presse d’opposition, de diffuser des images montrant le visage du président âgé de 93 ans, qui est fréquemment hospitalisé en Suisse.
L’arrivée du pape en Guinée équatoriale, quelques jours après, a été financée par un prélèvement spécial effectué à la source sur les rémunérations des fonctionnaires et des militaires, ce qui a suscité une réaction d’indignation. Le déplacement de François au Timor-Oriental en 2024 a également entraîné une pression financière sur les ressources publiques, avec des dépenses s’élevant à 12 millions d’euros, dont un million dédié à la construction d’un autel géant impliquant l’expropriation de plusieurs familles. Cela a suscité une controverse dans un pays à prédominance catholique, où près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. L’ONG La’o Hamutuk critique le gouvernement pour son allocation budgétaire jugée excessive, au détriment des populations défavorisées. Selon les informations les plus récentes, l’autel monumental demeure en place, comme le témoignent les vidéos promotionnelles conçues pour les touristes, cependant il est rarement utilisé.
Il est manifeste que le Cameroun et le Timor-Oriental n’ont pas été rentables, mais on observe également des déficits comptables chez les pays occidentaux. De l’autre côté de la Manche, les contribuables ont contribué au financement de l’événement, y compris les 40 000 euros alloués au transport des papamobiles en 2010. Selon le Guardian, Jean-Paul II a laissé une dette estimée à 13 millions de livres en 1982, tandis que Benoît XVI a enregistré un déficit de 3,5 millions en 2010. Afin de minimiser les pertes, l’Église britannique avait instauré des frais de 25 livres (environ 30 euros) pour que les fidèles participent à une messe présidée par le pape allemand. Une pratique formellement prohibée en France.
Il serait plus que normal que lors d’une visite dans un pays pauvre, le Vatican paye la totalité des frais engagés. D’ailleurs cela devrait être un cas général que ce soit le Vatican qui règle les factures ou le pape se déplace. Le Vatican est riche et ce n’est pas normal que cela soit les pauvres qui doivent contribuer à régler les factures pour la visite d’un pape.
(Article reformulé à l’aide de l’IA)
