Les pots de moutarde ont disparu des étals de nos supermarchés

Les pots de moutarde ont disparu des étals de nos supermarchésLa récolte vient d’avoir lieu à Landrais, en Charente-Maritime, où Laurent Pinaud est exploitant en agriculture biologique depuis 1995. Ici, en plus du blé, du maïs et des haricots, il cultive aussi des graines de moutarde. Comme quelque 300 autres producteurs français, ses graines permettront de créer une moutarde made in France. « L’Ukraine et la Russie produisent principalement des graines de moutarde jaune Sinapis alba, qui sont utilisées pour la moutarde d’Alsace ou en Allemagne.

Or pour la moutarde de Dijon, nous demandons graines brunes Brassica juncea », détaille Luc Vandermaesen, directeur général de l’entreprise Reine de Dijon, troisième fabricant français de moutarde. En juillet 2021, le dôme de chaleur qui a provoqué la mort de plus de 700 personnes, et détruit notamment le village de Lytton dans l’ouest canadien, a décimé les champs de moutarde. En Charente-Maritime, la Coopérative régionale d’agriculture biologique a eu le flair de relancer la production de graines bio brunes et jaunes juste avant la pénurie. Forte de 150 producteurs sur 6 000 hectares, la Corab a repris la culture avec une dizaine d’agriculteurs, comme Laurence et Laurent Pinaud.

« Avec la moutarde canadienne, on ne sait pas ce qu’il y a dedans. Ici on a de la terre, faut y aller ! » lance Laurent Pinaud, depuis son exploitation agricole de La Devise. « On a obtenu des graines de bonne qualité, mais ça reste une culture assez risquée et fragile». Produire de la moutarde biologique reste un défi.

Pour le traitement, Laurent Pinaud utilise du savon noir avec du purin d’orties, mais les résultats ne sont pas spectaculaires. Il a donc décidé de semer à la volée des graines de moutarde et de lentille. « J’ai mis de la lentille blonde pour attirer les insectes. C’est le médicament pour mes moutardes », raconte-t-il.

En prime, cultiver la moutarde nécessite peu d’eau et conserve mieux les sols avec un couvert végétal conséquent. À Dijon, capitale mondiale de la moutarde, on n’avait jamais totalement lâché la graine, notamment grâce à l’Association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne, qui existe depuis trente ans.

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« D’ici à deux ou trois ans, les Français auront dans leur assiette 100 % de moutarde française », prévoit Luc Vandermaesen. Pour les graines de moutarde de Charente, les premiers acheteurs se sont d’ores et déjà manifestés, comme la marque Les 3 Chouettes, qui a précommandé 5 tonnes auprès de la Corab. Les fondatrices Élodie Germain et Delphine Dubois ont visité les cultures de Laurent et Laurence Pinaud, elles veulent ainsi mettre en avant « les producteurs qui travaillent la terre sans chimie ». « Adieu les cornichons d’Inde, les tomates de Chine pour le Ketchup et la moutarde du Canada ».

Les graines produites en Charente seront conditionnées telles quelles pour faire des pickles, qui seront servis à l’apéro sur du pain. La moutarde française est donc bel et bien de retour.

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