Les ours bruns d’Italie sont moins agressifs

Un groupe de chercheurs italiens a entrepris une étude pour élucider les raisons pour lesquelles les ours bruns en Italie manifestent un comportement moins agressif que dans d’autres régions. Leur recherche a été rendue publique le 15 décembre dernier. Elle est la plus récente à démontrer comment les activités humaines influencent l’évolution de la faune sauvage. Leurs conclusions sont irréfutables.
Il est bien établi depuis de nombreuses décennies que les activités humaines ont un impact significatif sur les écosystèmes, entraînant des modifications des habitats naturels et une pression croissante sur la faune sauvage. La déforestation, l’agriculture intensive, l’utilisation de pesticides et l’urbanisation sont parmi les principaux facteurs contribuant à ces transformations. Cela pourrait conduire à un déclin des populations animales et également influencer leur évolution.
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Il est également connu que les animaux subissent des évolutions génétiques afin de s’adapter à leur environnement urbain. Les souris à pattes blanches des parcs de New York sont capables de métaboliser un régime alimentaire riche en lipides et en glucides, provenant des déchets humains. Le colibri Anna (Calypte anna) a adapté la morphologie de son bec afin de se nourrir efficacement des mangeoires artificielles riches en nectar. En revanche, les pigeons urbains montrent une plus grande tolérance au bruit, à la pollution et à l’abondance de nourriture d’origine humaine. Les mutations génétiques observées chez les moustiques sont responsables d’une diminution de l’efficacité des insecticides, ce phénomène étant fréquent parmi les insectes.
Cette fois-ci, les chercheurs ont porté leur attention sur l’ours brun des Apennins, une sous-espèce rare et en danger, présente exclusivement en Italie centrale et dont la population actuelle se limite à une cinquantaine d’individus. Cette population d’ours bruns est établie depuis environ deux millénaires. Les chercheurs italiens font référence aux recherches précédentes démontrant que cette population d’ours bruns européens a divergé il y a 2 000 à 3 000 ans, restant ainsi complètement isolée pendant au moins 1 500 ans. Le fait d’être isolée ne signifie pas nécessairement qu’elle est dépourvue de contact avec l’homme.
D’après les chercheurs, ces ours se démarquent clairement des autres groupes d’ours bruns en Europe, en Amérique du Nord et en Asie. Ils se caractérisent par une morphologie distinctive, un corps de taille réduite et des traits faciaux spécifiques… En outre, un comportement considéré comme moins hostile.
Quelles sont les raisons derrière ces disparités observées par rapport aux autres spécimens d’ours bruns ? Afin de répondre à cette interrogation, les chercheurs ont procédé au séquençage complet du génome de 13 individus d’ours bruns italiens, qu’ils ont ensuite comparé à celui de 9 spécimens d’ours bruns slovaques et de 15 individus d’ours bruns nord-américains. Les études ont mis en évidence des disparités génétiques significatives : les ours des Apennins présentent une diversité génétique réduite et un taux de consanguinité élevé, résultant directement de leur isolement géographique et de leur effectif limité, d’après les chercheurs.
De manière plus inattendue, l’analyse a révélé une variation génétique liée aux comportements. Selon Giulia Fabbri, coauteure de l’étude et titulaire d’un doctorat en sciences de la vie et biotechnologies de l’université de Ferrare (Italie), des indicateurs associés à une diminution de l’agressivité ont été identifiés. D’après les chercheurs, l’élimination sélective, effectuée par l’homme au fil de l’histoire, des ours les plus agressifs aurait pu inadvertamment promouvoir la survie et la reproduction d’individus plus tolérants à la proximité humaine. Les ours les plus craintifs se positionnent derrière leurs congénères les plus courageux et agressifs. Lorsque le groupe est finalement constitué d’individus de tempérament de moins en moins agressif, cela favorise la reproduction d’ours plus dociles. La démonstration est faite par le biais du séquençage du génome et de la comparaison des trois espèces, à savoir celles d’Amérique, de Slovaquie et d’Italie. L’équipe italienne a établi un double constat concernant les ours des Apennins : d’une part, elle a observé un déclin démographique et génétique qui augmente le risque d’extinction et de maladies, et d’autre part, elle a noté l’apparition de caractéristiques susceptibles de diminuer les conflits entre les humains et les animaux.
Selon Giorgio Bertorelle, co-auteur de l’étude, ces résultats ont des répercussions majeures en matière de conservation. Certaines populations d’ours, bien que vulnérables, détiennent des caractéristiques génétiques précieuses qui nécessitent d’être conservées. Ainsi, lorsqu’il est envisagé de réintroduire des ours, il est essentiel de procéder à une évaluation minutieuse afin de déterminer s’il convient de favoriser les individus timides, qui ont une aire d’action plus restreinte, ou les individus audacieux qui, en revanche, pourraient augmenter le risque de conflits entre les humains et la faune sauvage.
