20% des Français sont-ils concernés par des affections de longue durée ?

François Bayrou a déclaré, le 15 juillet, que 20 % des Français souffrent d’affection de longue durée, contre seulement 5 % de la population allemande. Il a utilisé ces chiffres pour plaider en faveur d’une révision du statut des affections de longue durée, qui inclut les maladies nécessitant un traitement prolongé, entièrement remboursé par l’Assurance-maladie. Parmi les mesures d’économies envisagées pour 2026, le Premier ministre a également proposé de dérembourser certains médicaments non liés à ces maladies, suscitant des inquiétudes chez les patients.
À consulter >> La Hongrie de Viktor Orban n’a fait “aucun progrès”
L’économiste Zeynep Or, directrice de recherche à l’Institut de recherche et documentation en économie de la santé (Irdes), a souligné que les systèmes de santé français et allemand ne sont pas comparables. Les données citées par Bayrou proviennent d’un rapport de l’Assurance-maladie remis au gouvernement et au Parlement le 1er juillet. Une étude de juillet 2024 révèle que 13,8 millions de personnes en France bénéficient du dispositif des ALD, représentant 20,1 % de la population et 66,1 % des dépenses totales remboursées par l’Assurance-maladie, un chiffre nettement supérieur à celui de nombreux pays européens.
Le rapport de l’Assurance-maladie compare les modèles de prise en charge des maladies chroniques en France, en Belgique, en Allemagne, en Angleterre et en Italie. En Allemagne, 4,8 % de la population est reconnue comme patiente chronique, un chiffre qui atteint 12 % en Belgique. Cependant, les critères d’éligibilité varient d’un pays à l’autre. En Allemagne et en Belgique, l’accès au statut de patient chronique dépend de critères financiers, tandis qu’en France, en Angleterre et en Italie, des critères cliniques sont privilégiés.
En France, environ trente pathologies, telles que les AVC invalidants, les affections psychiatriques de longue durée, le diabète et certains cancers, sont incluses dans le dispositif. Des maladies évoluant sur plus de six mois et nécessitant des traitements coûteux peuvent également être prises en charge. Cela concerne 13,8 millions de personnes, dont certaines souffrent de plusieurs ALD. Des cas particuliers, comme l’appareillage des enfants sourds ou le remboursement de produits sans gluten pour les malades cœliaques, sont également intégrés.
Zeynep Or insiste sur le fait que la comparaison entre les systèmes de santé français et allemand est inappropriée. En Allemagne, les patients dont les restes à charge dépassent 2 % de leurs revenus annuels ne paient plus rien, et pour les patients chroniques, ce seuil est fixé à 1 %. Les femmes enceintes et les enfants de moins de 18 ans sont exonérés des restes à charge, ce qui les exclut des statistiques sur les patients chroniques.
Elle donne l’exemple d’un diabétique qui, s’il n’est pas hospitalisé et ne paie que le reste à charge de ses médicaments, pourrait ne pas dépasser le seuil de 1 % de ses revenus, ne figurant donc pas dans les 5 % mentionnés par Bayrou. Ces statistiques ne peuvent pas être utilisées pour comparer le nombre de malades entre les deux pays, selon l’économiste, qui appelle à des études épidémiologiques pour obtenir des données précises.
En Allemagne, le statut de « Chronisch kranke Menschen» exige un suivi médical régulier et une gravité particulière de la maladie. Les personnes doivent prouver qu’elles ont été suivies médicalement au moins une fois par trimestre pendant un an pour la même maladie.
Zeynep Or souligne également que les patients en France, même s’ils bénéficient de l’ALD, continuent de faire face à des frais. Les dépassements d’honoraires, la participation forfaitaire de 2 euros et d’autres frais peuvent s’ajouter aux dépenses liées à leur maladie. En revanche, en Allemagne, il existe un plafond pour les restes à charge, offrant ainsi une protection plus importante aux patients.
