Pour sauver la planète, arrêter de se reproduire, “faire des enfants, c’est égoïste”

Pour sauver la planète,  arrêter de se reproduire, faire des enfants, c'est égoïste«Est-ce qu’il va s’en sortir dans ce monde ?» A l’image de deux jeunes femmes lilloises, une partie des jeunes français se demande si se reproduire est bien raisonnable par les temps qui courent.

François Bayrou peut signer des notes tous les jours, mais il ne convaincra pas tout le monde. En mai 2021, le Haut Commissaire au plan publie un document portant sur la décroissance de la natalité française. Le modèle social français faisant reposer la solidarité nationale sur l’ensemble de la population, il est essentiel de continuer à faire des enfants, estime la note, qui ne prend cependant pas en compte les avantages fiscaux dont bénéficient les 5% de Français les plus aisés.

L’âge moyen du premier enfant, était notamment de 28.8 ans en 1994, contre 30.8 ans en 2020. À cela, il faut ajouter six années consécutives de baisse de la natalité et un taux de fécondité descendu à 1.84 enfant par femme. Tout de même abondamment sourcée et renseignée, la note du Haut commissariat aborde plusieurs fois le croisement entre la natalité et les inquiétudes liées à l’environnement. Une étude de 2019, citée dans le document et publiée dans la revue Caïrn, a été menée auprès de 2148 personnes âgées de 18 à 79 ans. Elle constate que “pour plus des trois quarts des enquêtés, l’évolution de la population mondiale est perçue seulement comme un “risque”.

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De plus, lorsque les enquêtés sont invités à choisir et classer les trois questions démographiques jugées les plus importantes à l’échelle mondiale parmi une liste de 6 items, 47 % d’entre eux placent en tête «les effets de la croissance de la population mondiale sur le développement durable». Depuis la date de publication de cette étude, les choses ne se sont pas franchement arrangées. Car certaines conséquences du réchauffement de la planète, largement attribué aux activités humaines, sont désormais irréversibles «pour des siècles, voire des millénaires» affirme le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat).

Dans tous les scénarios présentés, la hausse de la température de la planète atteindra +1,5 °C en 2030, avec des conséquences déjà catastrophiques notamment sur la montée des eaux. La jeune femme lilloise est particulièrement consciente de la dégradation de l’environnement. À 25 ans, elle est trésorière dans un groupe immobilier particulièrement actif sur sa politique écologique et vit dans l’agglomération lilloise. Ses convictions nourrissent son désir de ne pas avoir d’enfants.

«Faire des enfants, c’est égoïste. Même si dans un sens je comprends, c’est un besoin de partager une union d’amour, plus que de réfléchir à ce que veut dire faire un enfant, réfléchit la jeune femme. L’enfant, on ne sait pas ce qu’on va lui apporter. Cette conclusion est l’aboutissement de plusieurs années de réflexion. »

Laurie Talus n’a, en effet, pas toujours tenu cette position. «Quand j’étais plus jeune, entre 18 et 20 ans, la personne avec qui j’étais me projetais dans ce désir d’enfant, et j’étais convaincue. » Je déclarerais qu’on se pose de plus en plus la question, mais chez les jeunes. Mes collègues, par exemple, qui ont entre 30 ou 40 ans, ils ont fait leurs enfants ou sont en train de les faire.

Quand je leur parle de ça, ils me disent qu’ils comprennent, mais il y a toujours un »mais« qu’ils éprouvent des difficultés à expliquer, raconte Laurie Talus, la trésorière de 25 ans. Ma mère, qui a pourtant vécu les années hippies, proches de la nature, ne s’est pas posé la question non plus. Ses parents avaient connu la guerre, ils étaient dans un modèle où on veut faire des enfants pour protéger la famille, les valeurs, le message que notre Histoire continue. «Je préfère éduquer un enfant qui est là, qui a besoin d’être entouré. »

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«J’ai récemment commencé à me rendre compte de la gravité de la situation environnementale. Faire naître des enfants dans un monde autant orienté vers le profit, ça causera forcément leur perte». » «Même si j’ai tout ça en tête, je ne suis pas à l’abri d’en faire quand même dans 5 ans. » Comme elles, une génération entière essaie de prendre ses responsabilités pour protéger la planète.

Plusieurs facteurs comme le travail de communication des activistes et l’avènement des réseaux sociaux ont mené à une médiatisation accrue de la question environnementale. Selon l’INA, la part des sujets dédiés à l’environnement dans les journaux télévisés a triplé depuis les années 1990.

Dans la presse écrite grand public, le tournant s’amorce au début des années 2000, avec plusieurs créations de rubriques dédiées et recrutements de journalistes spécialisés. Plus récemment, le sujet s’est importé dans les sphères médiatiques plébiscitées par les plus jeunes. La campagne «L’affaire du siècle», lors de laquelle des militants ont assigné l’État en justice sur la question climatique, a reçu le soutien de youtubeurs stars, dont le duo McFly et Carlito, 6.8 millions d’abonnés au compteur. L’idée que trop d’enfants nuit à la planète, elle, est bien plus ancienne.

«Il faut se souvenir de l’ouvrage de Paul R. Ehrlich, The Population Bomb, en 1968 ou du rapport du Club de Rome qui, en 1972, mettaient en avant les risques encourus par la planète en raison de la croissance démographique et économique. Ce courant de pensée a été revivifié avec la prise de conscience aigüe des effets du réchauffement climatique et la crainte d’une disparition des ressources naturelles à très grande échelle». Le concept s’est même fait une place dans des oeuvres de fiction grand public, comme Matrix, où l’Agent Smith estime que les humains sont «une maladie, un cancer pour cette planète». Plus récemment, le film Kingsman met en scène un antagoniste bien décidé à réguler la population lui-même, avant que la planète ne s’en charge.

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La note du Haut commissariat au plan note l’existence de mouvements comme les «Ginks» * aux États-Unis ou l’ONG Population Matters** au Royaume-Uni. Difficile de savoir combien pèsent en réalité ces mouvements dans la population générale. Difficile aussi de savoir si la décroissance de la population, un processus long à aménager, pourrait vraiment peser à l’heure de l’urgence. Mais, il n’est jamais trop tard pour essayer.

Une chose est certaine, si la population mondiale n’avait pas dépassé 4 milliards d’individus, atteint en 1975, nous n’en serions pas là à nous demander ce que va devenir notre planète.

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