L’administration allemande passe aux logiciels libre

Lorsqu’un livre ou un article de presse peut être teinté d’une couleur politique, il convient de souligner que l’outil de traitement de texte utilisé pour les rédiger est lui-même un objet politique à part entière.
Selon les analystes, d’ici 2025, le logiciel Word développé par Microsoft devrait occuper une part de marché comprise entre 85 % et 90 % dans le secteur mondial des logiciels de traitement de texte. Aujourd’hui, l’accès à ce type de logiciel ne se fait plus via un programme informatique stocké localement sur l’ordinateur de l’utilisateur, tel que c’était le cas à l’époque des disquettes, mais par le biais d’une connexion Internet constante à un service hébergé dans les infrastructures de Microsoft.
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Dans cette chronique de l’automne 2025, il a été rapporté comment le Procureur de la Cour pénale internationale (CPI) avait brusquement perdu l’accès à sa messagerie Microsoft suite à un décret présidentiel de Donald Trump. Ainsi, le logiciel, même s’il est destiné au grand public, est devenu un enjeu hautement politique.
Un exemple supplémentaire est fourni par la décision prise à la fin du mois de mars 2026 par l’IT-Planungsrat, l’organe fédéral de coordination chargé en Allemagne de la numérisation de l’administration publique.
D’ici 2028, toutes les administrations fédérales devront se conformer à une directive exigeant l’utilisation exclusive de deux formats pour la publication de documents : le format PDF/UA, qui garantit l’accessibilité universelle en permettant aux aveugles, aux malvoyants et aux personnes ayant des difficultés motrices de naviguer dans le texte à l’aide de lecteurs d’écran ou d’un sommaire cliquable.
D’autre part, dans le cadre du format ODF (OpenDocument Format), qui est un standard ouvert et gratuit pour la création de documents de bureau, similaire à Word.
Maintenir l’indépendance numérique de l’Allemagne.
La première conséquence notable de cette annonce de l’administration fédérale allemande est l’exclusion des formats propriétaires de Microsoft. Une initiative radicale visant à rétablir la souveraineté numérique nationale et à diminuer la dépendance envers des fournisseurs soumis à des législations étrangères.
L’utilisation d’interfaces ouvertes plutôt que de logiciels propriétaires, le recours à des infrastructures locales pour le stockage des données, ainsi que la préférence pour des solutions open source témoignent d’une volonté manifeste de se prémunir contre les opérations d’ingérence numérique.
Les services numériques largement utilisés dans les organisations privées et publiques peuvent être contrôlés à distance, y compris par une interruption téléguidée, grâce à des décisions politiques qui pourraient paralyser le fonctionnement de l’entité utilisatrice, depuis la collecte des données jusqu’à l’activation du “kill switch”.
Le concept de “souveraineté numérique” est mis en avant au Ministère de l’Économie à Bercy dans notre pays, cependant il semble que celui-ci ne soit pas encore prêt à s’engager pleinement dans cette transition, tant sur le plan technique que politique.
Les initiatives émanent principalement des municipalités. En juin 2025, la ville de Lyon a annoncé son intention de ne plus dépendre des solutions logicielles américaines. Elle prévoit de remplacer les logiciels de Microsoft par des logiciels libres dans ses services municipaux. La commune d’Echirolles, située en Isère, a également opté pour l’utilisation de logiciels libres depuis 2021.
La Gendarmerie nationale a entrepris une démarche de désengagement vis-à-vis de Microsoft depuis le début des années 2000, se démarquant par son autonomie en matière de logiciels informatiques.
