Les interdictions, si chère à notre administration

AdministrationEncore aujourd’hui, la règle des « 100 kilomètres » a suscité d’hilarantes controverses : faut-il les calculer à vol d’oiseau (ce qui désavantagerait les habitants des zones côtières, privés d’une moitié du périmètre), ou par Google Maps (au détriment cette fois des montagnards avec leurs routes à lacets) ?

Là où la crise sanitaire aurait pu déclencher une vague de civisme, la gestion policière du confinement n’a fait que renforcer le cercle vicieux de l’infantilisation et de la rébellion .

Ainsi l’administration, reprenant ses esprits après le chaos initial, a-t-elle multiplié les règles uniformes, tatillonnes et inapplicables.

Cette passion pour la norme n’est pas nouvelle. Au XVIe siècle, Michel de Montaigne constatait déjà que « nous avons en France, plus de lois que tout le reste du monde ensemble ».

Aujourd’hui, le Conseil d’Etat estime que, chaque année, les nouvelles lois représentent un million de mots supplémentaires.

Montaigne formulait d’instinct la meilleure critique : « Qu’ont gagné nos législateurs à choisir cent mille espèces et faits particuliers, et y attacher cent mille lois ? Ce nombre n’a aucune proportion avec l’infinie diversité des actions humaines. » Tel est notre paradoxe : plus la loi est précise, moins elle est adaptée à la réalité.

Comment les Français s’adaptent-ils ? Tout simplement en ignorant la loi. Voilà pourquoi Montaigne écrivait aussi, sans contradiction aucune : « A la vérité nos lois sont libres assez ; et le poids de la souveraineté ne touche un gentilhomme Français, à peine deux fois en sa vie. » Tocqueville fera le même constat : « On se plaint souvent de ce que les Français méprisent la loi ; hélas ! quand auraient-ils pu apprendre à la respecter ? »

Aujourd’hui encore, nous nous faufilons dans les interstices des 400.000 normes en vigueur, trichant et fraudant avec la complicité bienveillante de nos concitoyens.

Voilà pourquoi, confronté à l’absurdité de ses propres ordonnances, le ministre de l’Intérieur a dû s’en remettre publiquement au « discernement des forces de l’ordre »… autrement dit, la loi n’est tolérable que dans la mesure où l’on se permet de ne pas l’appliquer.

Il est donc urgent que le pouvoir guérisse de son obsession du contrôle et se contente d’édicter des principes (par exemple : « Sortez de chez vous le moins possible »), afin que la France puisse embrasser enfin la vertu première des démocraties : le respect de la loi.

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