Après de nouvelles contaminations dans les eaux Perrier, des millions de bouteilles ont été bloquées

Après de nouvelles contaminations dans les eaux Perrier, des millions de bouteilles ont été bloquées
Selon la cellule investigation de Radio France, les deux derniers forages à Vergèze, dans le Gard, pour l’eau minérale naturelle, ont été suspendus la semaine dernière suite à de nouvelles contaminations bactériennes détectées sur le site de Perrier. Selon nos infos, les deux puits ont été fermés, l’un du 23 au 28 novembre, soit une semaine.

Nestlé a confirmé avoir détecté une anomalie dans une analyse et avoir suspendu temporairement un forage pour des analyses complémentaires. La multinationale justifie la fermeture du second puits par une simple « panne de courant » et annonce la reprise de la production des deux puits le vendredi 28 novembre. D’après la multinationale, « l’eau minérale naturelle Source Perrier est sûre à boire ».

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Pour la cellule investigation, les contaminations à l’usine de Vergèze ont augmenté récemment suite au retrait des microfiltres par Nestlé sur ordre de la préfecture du Gard en mai dernier.

Depuis cette date, Nestlé a signalé 27 épisodes de non-conformité pour des «écarts bactériologiques » aux autorités sanitaires en réponse à des analyses d’autosurveillance. Une info confirmée par l’ARS Occitanie. Lors d’une contamination le 3 septembre dernier, des milliers de bouteilles ont été détruites suite à la détection de Pseudomonas aeruginosa, des bactéries dangereuses pour les personnes fragiles.

Cinq incidents en cours d’analyse de causes, dont deux pour des bactéries pathogènes, selon les autorités de santé. Le 22 septembre, des bactéries coliformes, signe de contamination fécale, ont été trouvées sur une ligne de production, potentiellement dans les bouteilles. Le 20 novembre, des bactéries Pseudomonas aeruginosa ont été découvertes, quelques jours avant d’être retrouvées lors d’un test sur l’eau brute, suggérant que la contamination sur la ligne de production provient du puits.

Après recontrôle, certains lots ont été mis sur le marché, mais 2 415 palettes de bouteille de Perrier restent bloquées par les autorités sanitaires. Chaque palette peut contenir 1 700 bouteilles, pour un total estimé à près de 4 millions de bouteille. La cellule investigation de Radio France et Le Monde ont déjà révélé des cas de contamination bactériologique dans l’usine. En avril dernier, 300 000 bouteilles de 75 cl contaminées par des entérobactéries ont été bloquées. Un an avant, Nestlé avait dû détruire trois millions de bouteilles contaminées par des bactéries fécales.

Ces nouveaux incidents prolongent une série de défaillances déjà documentées, soulignées par les sénateurs dans leur rapport de mai dernier sur cette affaire. Dans le chapitre « minimisation du risque sanitaire », les sénateurs soulignent des contaminations bactériologiques sur le site de Perrier en juin 2020, septembre 2020 et janvier 2021, non déclarées par Nestlé aux autorités sanitaires.

Les nouveaux cas de contamination surviennent alors que le préfet du Gard doit bientôt décider si Perrier peut toujours être considérée comme une “eau minérale naturelle”. Le 4 juillet, Nestlé a demandé l’autorisation pour les deux forages suspendus la semaine dernière à Vergèze malgré un avis sanitaire défavorable en avril. D’après nos infos, le directeur de l’ARS Occitanie, Didier Jaffre, doit remettre mercredi un rapport « favorable sous réserves » au préfet, Jérôme Bonet. Avis pour aider Nestlé à continuer malgré des contaminations répétées, en violation de la réglementation sur les « eaux minérales naturelles ».

Une eau doit être naturellement pure, sans contamination bactérienne ou chimique, pour obtenir ce label. Pour le prouver, l’industriel est obligé de fournir douze mois d’analyses continues de la qualité de l’eau, comme exigé par un arrêté ministériel de 2007. Des exigences difficiles à concilier avec les épisodes de contamination en cours.

D’après nos infos, le préfet du Gard devrait décider avant fin d’année, après avis du CoDERST – un conseil d’experts, élus et représentants de la société civile, sur les forages de Perrier. La décision finale reviendra au préfet, Jérôme Bonet.

En attendant, Nestlé continue de produire la marque Perrier avec une eau régulièrement contaminée, filtrée par des microfiltres de 0,45 micron insuffisants pour assurer la sécurité sanitaire. Hors réglementation. En effet, tout traitement doit être autorisé par le préfet. Nestlé n’a pas d’autorisation préfectorale pour ces filtres, ce qui est une infraction passible de sanctions pénales selon l’article R1324-4 du Code de la santé publique.

Le 18 novembre dernier, la justice rejetait la demande de suspension de production et de retrait-rappel des bouteilles de Perrier, formulée par l’association UFC-Que Choisir pour « risque réel pour le consommateur, tromperie évidente ». Étant donné les nouvelles contaminations, ses actions restent pertinentes.

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