D’ici 2060, de nombreux barrages dans le monde pourraient ne plus fonctionner

Est-ce que nos barrages sont susceptibles de rompre ? Ces réservoirs artificiels, fréquemment construits en béton, sont principalement utilisés pour le stockage de l’eau, la régulation des crues, l’irrigation des cours d’eau et la production d’électricité. Selon une étude publiée le 5 juin dans la revue de recherche environnementale Nature Sustainability, ce rôle crucial pourrait être remis en question d’ici à 2060.
Une dizaine de chercheurs met en garde contre le phénomène de sédimentation observé dans ces réservoirs, le qualifiant de menace pour la sécurité hydrique mondiale. Ils mettent en lumière la vulnérabilité de ces petits réservoirs parmi les 550 000 barrages recensés, affectant ainsi plus de deux milliards de personnes à l’échelle mondiale. Selon les auteurs de cette étude, d’ici à 2050, environ 58 % des barrages à petite capacité et 38 % des grands barrages pourraient devenir inutilisables sans aucune intervention.
A consulter également >> Les impôts victimes d’un piratage informatique
Selon les experts en hydrologie, il a été démontré que les estimations des taux de sédimentation étaient insuffisantes dans plus de 75 % des zones où des réservoirs de petite capacité sont présents, contrairement aux études antérieures qui se concentraient uniquement sur les grands barrages. Selon les estimations, l’accumulation de ces résidus entraînerait une diminution des stocks d’eau dans ces réservoirs, allant de 2,8 % à 7,3 % chaque décennie. D’ici à 2060, 58,6 % des infrastructures à petits réservoirs et 38,1 % de grands barrages de notre planète seraient susceptibles d’être affectés.
À l’origine conçues pour résister à la pression de l’eau, ces structures hydrauliques ne sont pas adaptées à la gestion des sédiments, ces accumulations de matières formées par des processus naturels, dont la quantité augmente en raison du changement climatique et des pratiques agricoles. Lors de précipitations abondantes, de tempêtes violentes, de vents forts, de périodes de chaleur intense… Ces phénomènes météorologiques contribuent à l’érosion, qui se réfère à la décomposition des roches et des sols, entraînant ainsi un ruissellement de ces sédiments vers les cours d’eau, comme l’explique Pierre-Yves Sorel, ingénieur géologue et géophysicien pour franceinfo. L’ingénieur souligne que les sédiments, qui sont des particules en suspension, sont transportés vers des zones confinées telles que les cours d’eau ou les barrages.
Les incendies de forêt contribuent également à ce phénomène, car, selon Pierre-Yves Sorel, « la végétation protège normalement contre l’érosion, un sol dénudé se dégrade beaucoup plus rapidement qu’un sol recouvert de forêt ». Il souligne cependant que l’érosion demeure un processus qui peut être plus ou moins long en fonction des conditions climatiques propres à chaque pays. En situation d’accumulation de sédiments dans un barrage, il est observé que le volume d’eau à retenir peut diminuer, ce qui peut entraîner une pression supplémentaire au niveau de la base du barrage, comme l’indique le géophysicien.
Cependant, tous les barrages ne sont pas également affectés par la dégradation due aux sédiments. Dans la publication, les chercheurs ont identifié 16 zones à l’échelle mondiale qu’ils ont qualifiées de « critiques », incluant notamment la côte ouest américaine avec son relief et une partie de l’Asie centrale. En d’autres termes, il s’agit de zones caractérisées par des « climats plus chauds et plus extrêmes », comme l’explique Aude Vincent, une hydrogéologue experte en gestion et protection des ressources en eau.
En revanche, la France semble peu affectée par le phénomène à l’heure actuelle. La société EDF, responsable de la gestion de plus de 600 barrages dans le pays, a déclaré à franceinfo qu’elle n’avait pas constaté de problèmes spécifiques sur ses installations liés aux sédiments. La société affirme effectuer diverses opérations de curage visant à désagréger les sédiments, tout en assurant une surveillance des phénomènes météorologiques et de leurs prévisions à l’aide de 1 100 stations de mesure réparties sur ses sites.
Les 42 barrages sous la responsabilité de Voies Navigables de France (VNF) ne sont pas actuellement affectés, comme l’a confirmé l’organisme public à franceinfo. Selon l’opérateur national, la plupart du temps, la quantité de sédiments ne représente qu’une petite fraction du volume de stockage disponible, ces structures se distinguant par leur grande hauteur et leur capacité de rétention d’eau importante. VNF est chargé de stocker des quantités d’eau pour la production d’eau potable et pour soutenir les cours d’eau en période de sécheresse.
Bien que la France et l’Europe de l’Ouest ne soient pas pour le moment touchées, Aude Vincent souligne que l’étude se base sur les « taux d’érosion actuels », susceptibles de changer en raison du réchauffement climatique et de son influence sur les conditions météorologiques. La maintenance régulière des infrastructures permet de les maintenir en bon état actuel, mais ne garantit pas leur préservation à long terme. Selon l’hydrologue, la mesure la plus efficace pour leur préservation demeure la nécessité pressante de lutter contre le changement climatique, faute de quoi cela ne ferait qu’engendrer ou aggraver des problèmes.
(Article reformulé à l’aide de l’IA)
