Taxe GAFAM : La France a cédé aux pressions des États-Unis

Taxe GAFAM : La France a cédé aux pressions des États-Unis
En octobre 2025, le Parlement français étudie le projet de loi de finances 2026. Parmi les amendements débattus, il y a l’augmentation de la taxe sur les services numériques imposée aux géants du secteur – Google (Alphabet), Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft – sur leurs revenus publicitaires en France.

Plusieurs parlementaires, dont le député macroniste Jean-René Cazeneuve, proposent d’augmenter la taxe sur les GAFAM de 3 à 15 %. Le but est clair : forcer les multinationales sous-imposées à payer plus d’impôts en France.

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Aux États-Unis, l’initiative est très mal perçue. Le 27 octobre 2025, le Comité des voies et moyens de la Chambre des représentants publie un communiqué critiquant l’augmentation proposée par la France contre les entreprises numériques américaines. Les élus américains menacent la France de représailles.

En France, le communiqué passe inaperçu du public, mais pas de Bercy. Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, monte à la tribune de l’Assemblée dès le lendemain pour dire : « Soyez prudents, je vous en conjure. Il faut être conscient qu’en entrant dans un match, on y est complètement ». « L’audace, c’est bien, mais attention aux sanctions américaines sur les vins et spiritueux », prévient-il les députés. Les huées fusent dans l’hémicycle : “Vous avez peur”, “le match est déjà perdu”. « Non, on ne l’a pas égaré », dit le ministre. Cependant, le jour même, Jean-René Cazeneuve retire son amendement à 15 % pour un texte de compromis avec une hausse de la taxe à 6 %. L’amendement est voté. Démonstration de la majorité.

Pour les États-Unis, 6 % de hausse, c’est encore trop. Le 25 novembre, les élus du Congrès américain expriment leur inquiétude face aux actions récentes de la France et demandent à Donald Trump d’activer la section 301 pour prendre des sanctions commerciales unilatérales.

D’après la cellule investigation, le courrier atteint les autorités françaises puis les principaux lobbys de l’alcool, tels que la Fédération française des spiritueux et le Comité interprofessionnel du vin de Champagne. Ces organisations vont les utiliser pour influencer les parlementaires.

Un courrier du 14 janvier adressé au député EELV Arnaud Bonnet prouve qu’il avait déposé un amendement pour augmenter la taxe GAFAM en deuxième lecture. Dans ce document obtenu par la cellule investigation de Radio France, le Comité Champagne prévient que toute augmentation de la taxe entraînerait des sanctions ciblant spécifiquement la France, en particulier ses vins et spiritueux emblématiques, exposant ainsi le pays à un risque de conflit avec les États-Unis. Il inclut en annexe la lettre des parlementaires américains.

Comment le courrier des États-Unis au gouvernement français a-t-il été transmis aux lobbys de l’alcool ? Le cabinet du ministre de l’Économie, Roland Lescure, garde le silence. Son entourage assume le choix fait : « C’est la situation actuelle : un dialogue franc, sincère et direct avec les États-Unis. »

En deuxième lecture, le député Jean-René Cazeneuve a décidé de ne pas redéposer son amendement après avoir discuté avec le gouvernement, craignant les réactions imprévisibles du président américain. Qui sera responsable en cas de représailles américaines demain ?

Les députés d’autres groupes expriment leur déception pour des amendements similaires. Selon Aurélien Le Coq (LFI), l’idée est claire : « Il y avait une majorité en faveur d’une augmentation de la taxation des multinationales très rentables mais peu taxées en France. » Recourir à des représailles contre des secteurs non liés au numérique est du chantage, sans justification. Même opinion exprimée par le député Arnaud Bonnet (EELV), critiquant le gouvernement pour semer la peur au lieu de prévoir des mesures nécessaires pour notre souveraineté.

En 2019, lors de la création de la taxe GAFAM, les États-Unis avaient déjà lancé une enquête sous la section 301. Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, avait dénoncé une initiative américaine devant le Sénat en affirmant la souveraineté de la France sur ses dispositions fiscales. Les menaces américaines n’ont jamais été réalisées.

En décembre dernier, un rapport sénatorial sur le commerce international appelait à un sursaut français et à résister aux États-Unis, notamment dans le secteur du numérique.

Source : https://www.franceinfo.fr/enquetes-franceinfo/enquete-taxe-gafam-comment-la-france-a-cede-aux-pressions-americaines_7743814.html

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