Sans leurs domestiques, le mode de vie des ultra-riches n’est pas tenable

Sans leurs domestiques, le mode de vie des ultra-riches n’est pas tenable

Un travail qui a donné son premier livre *, Servir les riches , publié en septembre. Le domestique couvre un grand nombre de tâches et de métiers – cuisinier, majordome, femme de chambre, chauffeur, nanny, lingère, etc. Si la majorité des domestiques sont des femmes issues de l’immigration, des classes populaires et peu diplômées, ce large panel de métiers implique aussi d’autres profils -des hommes, des personnes blanches issues des classes moyennes et plus diplômées. Les domestiques y résident à temps plein, la plupart dorment et vivent dans la maison de leur employeur ou tout près. Cette situation de travail les distingue des aides à domicile, gardes d’enfants et femmes de ménage que l’on voit plus communément dans nos sociétés.

Il est possible de déclarer la domesticité, de faire des contrats de travail, et il existe des conventions collectives spécifiques. Cela n’empêche pas qu’un grand nombre d’heures supplémentaires ou de tâches sont effectuées au noir. Les tâches supplémentaires et le travail au noir ne sont pas sans conséquences sur la santé physique et psychique des domestiques. Il y a une vraie fascination pour la richesse de leur employeur, et les domestiques sont bien conscientes des rétributions matérielles et symboliques que leur confère leur métier.

Symboliquement, elles participent activement à la réussite sociale et économique des grandes fortunes, et matériellement, les salaires des domestiques peuvent être très avantageux , voire parfois considérables , sans compter les nombreux cadeaux, le fait d’être nourrie, blanchie, logée dans un cadre somptueux. La proximité avec l’employeur crée de vrais liens d’amitié, d’attachement voire d’amour. Beaucoup de domestiques me disaient avec fierté qu’elles faisaient partie de la famille de leurs employeurs et étaient très attachées à eux, malgré des conditions de travail parfois difficiles. Cette relation de travail ne peut pas tenir sans émotion, elle relève aussi de l’intime.

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Les domestiques en connaissent beaucoup sur leur employeur, elles l’ont par exemple déjà vu nu, gèrent parfois leurs papiers, ont un accès à leur intimité directe. La domestique est bien souvent une confidente. Cette relation peut susciter des formes de désillusion pour les domestiques. D’autant que les ultra-riches s’arrangent souvent pour les remettre à leur place et leur rappeler que ce n’est pas parce qu’ils font partie de la même famille qu’elles appartiennent à la même classe sociale.

Il y a une peur chez les riches de risquer un mélange de classe, de race, de genre, la peur d’un basculement du rapport de force. Cette crainte les conduit à mettre régulièrement et brutalement de la distance avec leurs domestiques. J’ai l’exemple d’une employée licenciée du jour au lendemain après cinq ans de travail sans faute, pour avoir cassé un verre en cristal sans faire exprès.

Il est très fréquent de voir l’employeuse appeler la domestique par un autre prénom que le sien, afin de la réduire à sa fonction et annuler son identité. Le plus souvent, le travail des domestiques prend le pas sur le reste. Les domestiques couvrent deux besoins. Le premier est un besoin symbolique, celui de montrer, en ayant des domestiques, que l’on a du capital économique et du pouvoir.

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Comme on exposerait sa Ferrari, on montre ostensiblement ses domestiques. Le domestique permet en cela la reproduction des élites. Ce que la domestique offre par ses services, c’est du temps, que les riches peuvent consacrer à ce qu’ils veulent, notamment à leur travail. Le mode de vie des ultra-riches n’est pas tenable sans les domestiques.

* La sociologue Alizée Delpierre, autrice du livre « Servir les riches ».

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