Malgré les annonces, la santé mentale à l’école continue de rencontrer de nombreuses difficultés

Depuis l’année 2025, les autorités gouvernementales ont accordé une importance primordiale à la santé mentale au niveau national. En mai, un mois après le décès d’une adolescente de 15 ans, victime d’un homicide commis par un lycéen à Nantes, l’ancienne ministre de l’Éducation nationale Élisabeth Borne avait qualifié les Assises nationales de la santé scolaire de moment crucial dans l’amélioration de la prise en charge des difficultés des jeunes.
Lors de cet événement, des engagements spécifiques ont été pris, notamment concernant la formation du personnel, les campagnes de sensibilisation et la simplification des procédures administratives pour les médecins scolaires. Des dispositions prévues pour la rentrée scolaire de 2026 ont été communiquées. Cependant, le constat établi lors de ces réunions, en ligne avec des rapports précédents, demeure extrêmement accablant.
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Les données chiffrées sont significatives. Seulement environ 20 % des élèves, soit un sur cinq, sont concernés par l’examen médical de la sixième année. Selon le rapport d’information de l’Assemblée nationale sur la médecine scolaire et la santé à l’école du 11 mai 2023, il est indiqué qu’une moyenne nationale de quatre enfants sur dix ne reçoivent pas de bilan infirmier à leur entrée au collège, avec des disparités importantes. Un rapport portant exclusivement sur l’enseignement public.
Le manque de personnel est la principale cause de la sous-performance de la politique de santé scolaire. En 2020, plus de 33 % des postes de médecins scolaires étaient non pourvus, d’après un rapport de la Cour des comptes. Cette situation de pénurie n’est pas due à une insuffisance de postes disponibles, mais à la difficulté de les pourvoir.
Le nombre de psychologues a connu une augmentation significative en 2017, mais a depuis diminué de manière constante, avec une baisse de 500 postes cinq ans plus tard. En revanche, on constate une forte augmentation du nombre d’infirmières et d’infirmiers, avec une hausse de plus de 40 % sur une période de vingt ans, de 1998 à 2018, selon les données de la Cour des comptes. Cependant, cette augmentation n’arrive pas à compenser la détérioration générale du système.
Le rapport parlementaire de l’année 2023 est particulièrement accablant. Bien que les ressources allouées à la politique de santé aient augmenté de manière constante depuis 2018, la médecine scolaire reste insuffisante pour répondre aux besoins. Le rapport met en évidence une performance insatisfaisante et une politique qui ne parvient pas à atteindre ses objectifs.
La principale raison réside dans les lacunes de son organisation et dans un manque de supervision. Le domaine public de la santé scolaire emploie environ 900 médecins, 8 000 infirmières, 3 000 assistants sociaux et 7 000 psychologues rétribués par le ministère de l’Éducation nationale. De nombreux individus se trouvent actuellement submergés par leurs responsabilités, une situation qui s’est intensifiée depuis l’avènement de la crise sanitaire liée à la covid-19, entraînant une augmentation significative du nombre de jeunes en proie à une détresse importante. Les locaux, bien que variés d’un établissement scolaire à un autre, sont fréquemment considérés comme inadaptés en raison de leur taille réduite, de l’absence de fenêtre et du partage entre plusieurs intervenants qui doivent se succéder. La problématique de la confidentialité est souvent soulevée par les observateurs.
En outre, des problèmes informatiques se manifestent, notamment à cause d’une insuffisance d’équipement et de l’incompatibilité des logiciels utilisés par les médecins et les infirmiers, ce qui nécessite une double saisie des données. Par exemple, les médecins de l’Éducation nationale emploient le logiciel Esculape, tandis que les infirmiers scolaires utilisent le logiciel Lien. À l’heure actuelle, ces deux logiciels ne sont pas connectés entre eux, ce qui entrave la transmission efficace des informations. Selon le rapport de 2023, cette situation entraîne une double saisie régulière des données, ce qui représente une perte de temps pour des professionnels déjà très sollicités.
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La gestion montre également des lacunes. Les médecins, les infirmières et les psychologues n’appartiennent pas à la même structure hiérarchique. Dans la réalité, selon les propos de M. Robin Reda, qui est le rapporteur spécial du rapport parlementaire, « chacun n’a pas le même supérieur hiérarchique ! » Le rapporteur exprime des regrets quant à la dépendance de la collaboration entre ces métiers à la bonne volonté des individus et à leur capacité réelle de se rencontrer.
En dépit des augmentations de salaire, ces professions demeurent peu attrayantes. Le salaire d’un médecin scolaire s’élève généralement à 2 000 à 2 500 euros mensuels en début de carrière, et peut augmenter jusqu’à environ 4 000 euros après quinze ans d’expérience.
