Les paysages de nos campagnes ont changé

Les zones rurales subissent des transformations constantes sous l’influence humaine, caractérisées par une diminution des haies, des parcelles agricoles plus vastes et travaillées à l’aide d’équipements lourds. Cependant, est-ce que ces mutations ne contribuent pas à accroître le risque de pénurie d’eau pendant la saison estivale ? Le spécialiste en hydrologie vous adresse sa réponse.
Les campagnes françaises ont subi des transformations significatives depuis les années 1950 en raison de la mise en œuvre du remembrement. Cela implique que les petites parcelles délimitées par des haies et ponctuées de bosquets, caractérisant le paysage bocager, ont progressivement été supprimées (avec l’approbation des agriculteurs), laissant la place à des champs plus vastes et dégagés, facilitant ainsi leur exploitation avec les machines agricoles modernes imposantes.
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Lors de la seconde moitié du XXᵉ siècle seulement, environ 66 % de la superficie agricole française a été modifiée. Particulièrement dans le nord de la France, région réputée pour ses vastes cultures de céréales et de betteraves. Les espaces agricoles connus sous le nom d’« openfields », également désignés comme des « champs ouverts » par les géographes.
Car, à partir des années 1970, la législation a graduellement intégré les préoccupations environnementales, notamment à travers l’obligation d’effectuer des études d’impact préalables à certaines opérations et l’adoption de la loi sur le paysage en 1993. Cependant, malgré ces avancées, la disparition des haies se poursuit. En effet, depuis 1950, on estime que leur nombre a chuté de manière significative, atteignant une diminution de 70 %, ce qui représente environ un million et demi de kilomètres de haies perdues.
Selon Yves Tramblay, hydrologue, supprimer les haies entraîne une augmentation significative du drainage des champs, favorisant ainsi l’écoulement rapide de l’eau vers l’exutoire, puis vers les cours d’eau et finalement vers l’océan.
Ainsi, cela conduit à une augmentation de la vitesse d’écoulement de l’eau, ce qui diminue les temps d’infiltration. En effet, l’eau dispose de moins de temps pour s’infiltrer dans le sol, en commençant par les couches superficielles du sol, puis en s’enfonçant plus profondément dans les aquifères. Cela implique que les niveaux des nappes phréatiques reçoivent une quantité négligeable d’eau.
Fréquemment, la pratique du remembrement a conduit à la disparition des mares, souvent comblées en partie par les agriculteurs, jugées alors superflues. Pourtant, ces zones humides jouaient un rôle de tampon en absorbant progressivement l’eau, empêchant ainsi son ruissellement direct dans les cours d’eau et limitant la recharge des nappes phréatiques. La disparition des vers de terre, même, constitue un facteur aggravant, car ceux-ci sont décimés par les produits chimiques, ce qui les empêche d’accomplir leur rôle crucial dans l’aération du sol, favorisant ainsi l’infiltration des eaux de pluie.
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Naturellement, la décision de procéder au remembrement n’a pas été prise de manière aléatoire : à la suite de la guerre, la production alimentaire en France était insuffisante pour subvenir aux besoins de sa population, et les mesures politiques mises en œuvre ont contribué à son essor comme grande puissance agricole. À la suite d’une transformation majeure, le nombre de paysans en France, qui s’élevait à sept millions à la fin de la Seconde Guerre mondiale, a diminué de moitié dans les années 1960 pour atteindre un effectif d’un million aujourd’hui.
Avec une superficie moyenne de 58 hectares par exploitation, le visage de la paysannerie française a considérablement évolué par rapport à celui qu’elle a connu pendant de nombreux siècles, entraînant ainsi des changements dans son paysage. Bien que la sensibilisation ait commencé à se répandre dans le secteur agricole et au sein des instances gouvernementales, on observe désormais une promotion des zones humides par les autorités publiques, ainsi qu’une incitation à leur restauration dans les régions où elles ont disparu, comme l’explique Yves Tramblay. Cependant, tout ceci nécessitera un laps de temps considérable…
