La France importait déjà du beurre il y a 20 ans

Il s’agit d’un aliment de consommation courante, apprécié aussi bien par les chefs étoilés que par les ménages français. Un ingrédient essentiel dans la préparation des sablés et des bûches de Noël. Quelle est l’origine du beurre commercialisé dans nos grandes surfaces ? Est-il de fabrication française ? Selon le député RN de la Somme, Jean-Philippe Tanguy, toutes les plaquettes de beurre ne sont pas produites en France, ce qui conduit à des importations de ce produit. Il y a deux décennies, si j’avais affirmé à Madame que la France allait devoir importer du beurre, elle m’aurait probablement qualifié de personne excentrique. C’est ce qu’il a déclaré lors de son intervention sur Public Sénat le jeudi 18 décembre.
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Effectivement, il est vrai que la France importe du beurre. En 2024, les importations de beurre en France ont atteint environ 230 000 tonnes, comprenant divers formats tels que les plaquettes disponibles en supermarché, comme indiqué par les données de FranceAgriMer. Selon Jean-Marc Chaumet, économiste au Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (Cniel), la France, surnommée le pays du croissant et de la brioche, occupe la première place mondiale en termes d’importation de beurre. La France effectue ses achats principalement auprès des États membres de l’Union européenne. Les Pays-Bas occupent la première place, suivis de la Belgique et de l’Irlande, formant ainsi le trio de tête. Cependant, contrairement à l’affirmation de Jean-Philippe Tanguy, cela n’est pas une nouveauté.
Il y a 20 ans, la France était déjà importatrice de beurre. En 2005, d’après les données de FranceAgriMer, un total de 124 562 tonnes de beurre avait été importé. Selon Jean-Marc Chaumet, c’est à partir des années 2000 que la France, berceau du kouign-amann, a entamé une importation massive de beurre. On observe actuellement un regain d’intérêt pour les graisses animales, sans jeu de mots inapproprié. Diverses recherches scientifiques, largement médiatisées, ont contribué à la réhabilitation de cette substance lipidique qui était autrefois perçue comme néfaste pour la santé. En 2014, le magazine Time a même affiché en Une “Eat Butter” (mangez du beurre), comme le souligne Jean-Marc Chaumet. Les consommateurs ont abandonné l’utilisation des huiles et des margarines au profit du beurre.
Pour le moment, la consommation moyenne de beurre par an par habitant en France s’élève à 8 kilos. La demande croissante dépasse la capacité de production française, malgré des volumes importants (environ 350 000 tonnes de beurre par an en moyenne ces dernières années). Cependant, selon l’économiste du CNIEL Jean-Marc Chaumet, il est à noter que les importations de beurre sont principalement destinées à l’industrie agroalimentaire. Il s’agit de blocs de beurre de 25 kg utilisés essentiellement dans la production de pâtisseries et de gâteaux industriels.
Quelles sont les raisons pour lesquelles l’industrie des produits laitiers ne génère pas une quantité plus importante de beurre destinée aux industriels ? Selon les informations fournies par la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), il s’agit d’un marché peu lucratif. Afin de fabriquer du beurre, nous devons utiliser du lait à haute teneur en matières grasses, ce qui implique de rehausser l’alimentation des vaches. Selon la FNPL, les éleveurs laitiers doivent supporter un coût additionnel lié à cette alimentation, lequel n’est pas répercuté dans les prix par l’industrie. Selon Jean-Marc Chaumet, ce qui suscite un intérêt accru chez les producteurs laitiers est l’exportation. Notamment le beurre AOP qu’ils pourront commercialiser à un prix plus élevé sur les marchés étrangers. L’année précédente, les exportations de beurre français ont augmenté de 15 % pour s’élever à 120 000 tonnes. D’après les données de l’Institut de l’élevage, cette évolution est motivée par l’augmentation de la demande de beurre conditionné français en Chine et aux États-Unis.
En résumé : Si le beurre reste un symbole de la gastronomie française, sa production et sa commercialisation reflètent des réalités économiques complexes, entre importations nécessaires, rentabilité limitée et opportunités à l’export.
