Ils ont demandé à Décathlon d’inventer une combinaison d’astronaute

De la conception d’une tente instantanée à celle d’une combinaison spatiale, la transition pourrait-elle être si aisée ? L’objectif visé était de mettre au point une combinaison pouvant être enfilée rapidement, en moins de deux minutes. C’est à partir de là que l’idée de faire appel à Decathlon et à son savoir-faire en matière d’ergonomie a émergé. Sébastien Barde, sous-directeur de l’exploration et des vols habités au Centre national d’études spatiales (CNES), pose un constat clair. En 2023, l’agence spatiale française recherche activement des partenaires en vue de concevoir une combinaison intravéhiculaire, qui est le vêtement de protection porté par les astronautes à l’intérieur du véhicule spatial pendant les phases de décollage, d’amarrage et en cas d’urgence. Trois ans plus tard, lors du premier trimestre de 2026, un prototype sera soumis à des tests en orbite par l’astronaute française Sophie Adenot.
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Actuellement, les astronautes européens sont tributaires de la coopération américaine pour accéder à la Station spatiale internationale (ISS), sans recourir à la collaboration russe. Après l’élection de Donald Trump, l’Europe aspire à accroître son autonomie dans les missions habitées de longue durée. La phase initiale implique la conception de navires de transport pour acheminer du matériel, suivie par des équipages. Selon Sébastien Barde, il sera nécessaire d’avoir à disposition des combinaisons adaptées pour les activités à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du véhicule.
La combinaison spatiale doit être hermétique à l’eau et à l’air, ignifuge, équipée de capteurs pour surveiller la santé de l’astronaute, et facile à enfiler de manière autonome. Selon l’expert du CNES, il s’agit là d’une caractéristique essentielle car cette combinaison est un équipement de sécurité pour les astronautes. Decathlon rejoint ainsi le projet, en collaboration avec la start-up toulousaine Spartan Space, experte dans les technologies dédiées aux vols habités, et le Medes, branche médicale du Cnes.
Au sein de l’entreprise sportive, la proposition a suscité un vif intérêt. Selon Sébastien Haquet, directeur de l’Advanced Innovation chez Decathlon, il s’agit d’un projet exceptionnel qui a engendré une grande fierté parmi nos équipes internes.
En somme, quarante employés ont collaboré pendant une période de dix mois afin de développer le premier prototype de l’Eurosuit, avec des experts en impression 3D, en ingénierie et en design de produits. La gestion était effectuée par le département Advanced Innovation, dont la mission consiste à « concevoir les produits sportifs utilisés dans dix ou quinze ans », selon les propos de Sébastien Haquet.
Au début de l’année 2024, un partenariat a été établi, et la première année a été principalement consacrée à la communication des contraintes entre les parties prenantes et à l’apprentissage de la collaboration. Les différences de contexte ont été mises en évidence : d’un côté, une orientation vers le grand public en produisant en grande quantité, de l’autre, une focalisation sur un nombre restreint de prototypes. Sébastien Barde apprécie la facilité avec laquelle ils ont pu se comprendre grâce à un échange technique visant à optimiser les performances. Decathlon s’est ainsi éloigné de manière significative de sa clientèle cible, cependant Sébastien Haquet affirme que les ressources temporelles et financières allouées au projet spatial seront bénéfiques à l’avenir.
Après la création du prototype, il est nécessaire de le soumettre à des tests. Toutefois, l’un des critères requiert une expérience en situation d’apesanteur : l’ergonomie. Selon le spécialiste du Cnes, il n’était pas possible de tester la facilité d’enfilage de la combinaison en moins de deux minutes dans de telles conditions, car la microgravité ne peut être simulée pendant plus de vingt secondes. Ainsi, l’agence a profité de l’occasion du prochain vol de l’astronaute française Sophie Adenot avec SpaceX vers l’ISS pour obtenir un test à échelle réelle.
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Au début de l’année 2026, l’expertise de Decathlon sera étendue jusqu’à l’espace. Selon Sébastien Barde, une fois à bord de l’ISS, Sophie sera invitée à revêtir la combinaison spatiale, à être filmée et chronométrée, et à remplir un questionnaire. En préparation, afin d’améliorer l’ergonomie, l’astronaute s’était rendue à Lille : tout d’abord pour subir un scanner corporel effectué par le laboratoire de recherche et développement de Decathlon, puis pour une première séance d’essayage. Sébastien Haquet salue son approche axée sur l’amélioration du produit. Grâce à ses commentaires, nous avons pu élaborer le nouveau prototype envoyé dans l’espace.
Si la mission de Sophie Adenot confirme la conformité ergonomique de la combinaison, les divers intervenants poursuivront le processus de développement en intégrant les capteurs, les composants mécaniques du casque, ainsi que le système d’alimentation en oxygène. L’objectif est de présenter un prototype de « démonstrateur sol » vers 2026-2027. Sébastien Barde envisage que, lorsqu’un constructeur européen proposera un vaisseau spatial pour un vol habité, il fera appel à ce consortium français.
Sébastien Haquet observe que le processus est considérablement plus long qu’une conception traditionnelle en raison de la multiplicité des partenaires concernés. À titre de comparaison, en moyenne, le processus de développement d’un produit sportif chez Decathlon s’étale sur une période de dix-huit mois, tandis que la conception de l’innovation majeure du masque de plongée EasyBreath a exigé cinq années de travail. Il faudra donc attendre pour observer un astronaute revêtir une combinaison portant le logo de Decathlon au moment du décollage, mais la procédure est en cours.