Crans-Montana : Quelles sont les raisons qui ont poussé certains jeunes à choisir de filmer l’incendie plutôt que de porter assistance à autrui ?

Crans-Montana : Quelles sont les raisons qui ont poussé certains jeunes à choisir de filmer l'incendie plutôt que de porter assistance à autrui ?
© By SigmaLive English

Certaines personnes ont eu la chance de célébrer le Nouvel An pendant la nuit du 31 décembre au 1ᵉʳ janvier. Les habitants et les touristes dans le bar «Le Constellation» à Crans-Montana, en Suisse, n’ont pas eu cette chance. La fête est devenue un cauchemar quand le feu a détruit le chalet où tout le monde était réunie. Des gens en panique, des situations terrifiantes et beaucoup de victimes : plus de 40 morts et 115 blessés. Les images du drame arrivent rapidement, non pas grâce aux reporters sur place, mais à cause des passants et des fêtards qui veulent partager et se souvenir de l’incendie. Il se peut qu’il y ait une autre tragédie derrière celle-ci : celle d’une humanité plus préoccupée par son image en ligne que par les autres. Entrons dans un monde numérique qui a clairement affecté notre humanité.

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Des touristes filment le feu en riant, tandis que d’autres s’arrêtent devant le bâtiment en flammes pour filmer à travers les fenêtres les cris et les gens qui essaient de fuir. On dirait que le besoin de faire du spectacle sur internet est plus fort que notre sens de l’humanité. Dans une situation difficile, notre première réaction est de montrer que nous avons été là. Nous avons connu des moments très difficiles et nous pouvons le dire. En d’autres termes, au milieu du feu, nous crions : « Regardez-moi ». Le « je » est très important dans cette situation, au point qu’on oublie que ce n’est pas un spectacle, mais la vraie vie. Un vrai sol en bois qui craque à cause des flammes et de vraies personnes qui ont du mal à respirer à cause de la peur. En vivant dans un monde numérique, nous commençons à voir les choses seulement à travers nos « likes », nos abonnés et nos partages. L’Homme n’est plus une priorité, même si cela déplaît à Emmanuel Kant. Il est devenu un moyen de se faire remarquer, peu importe si ça nous rend moins humains.
Quand nous prenons notre téléphone pour filmer ce qui se passe, cela montre que nous ne voulons pas réellement nous engager avec les autres ou être vraiment présents.

Cette envie de filmer la scène d’horreur montre qu’on se concentre trop sur ce qui se passe à l’extérieur. En voyant des images horribles sur nos écrans, nous croyons être à l’écart quand la catastrophe se passe devant nous. Nous avons perdu l’habitude de nous engager dans des actions, car être passif avec notre smartphone est devenu habituel. Aucune notification ne nous prévient qu’il faut agir, fuir ou aider les autres. C’est à nous de décider ici, peut-être que c’est ce qui nous dérange. C’est vrai que si nous confions tout aux machines, nous sommes perdus quand il faut agir par nous-mêmes. Le fait de prendre son téléphone pour filmer une scène montre une hésitation à s’engager pleinement dans ce qui se passe et à être vraiment présent avec les autres. En vrai, ce n’est pas surprenant : avoir un smartphone en vue pendant une conversation réduit notre capacité à ressentir de l’empathie. Le meilleur moyen de rester passif est de se convaincre que le monde autour de nous n’est qu’une image numérique. Cela nous aide à éloigner ce qui nous semble différent, qui devient juste un personnage virtuel parmi d’autres, et à penser que tout cela n’a pas de réelle importance.

L’instinct de copier les autres peut nous amener à filmer des situations difficiles plutôt qu’à agir pour les améliorer. Sans le réaliser, en habituant à l’utilisation des smartphones, nous avons permis à la paresse et à la peur de se cacher derrière l’écran. Nous n’évitons pas notre responsabilité, mais nous alertons le monde sur l’urgence actuelle. Le smartphone est utilisé comme une excuse pas chère pour éviter les critiques et justifier le manque de courage. Le fait que les choses deviennent vite populaires sur Internet montre qu’il y a un problème dans notre société.
Si la loi sur l’aide à personne en danger ne couvre pas les personnes qui filment au lieu d’aider, il serait peut-être temps de changer cette loi.

On peut se demander si le droit pénal doit changer pour punir les comportements dangereux dans de tels accidents. Si la loi sur l’assistance à personne en danger ne couvre pas les gens qui filment au lieu d’aider, il serait peut-être temps de changer la loi. Créer une loi sur la « non-assistance numérique à personne en danger » pourrait rappeler ce que la morale désapprouve et rétablir l’éthique là où l’indécence a pris le dessus.

On ne saura jamais combien nous coûte cette passivité et ce fait d’être centré sur soi, que le monde numérique a aggravés chez nous. Nous ne pourrons jamais vraiment savoir combien cela aurait coûté en vies sauvées ou en vies changées si nous n’avions pas passé autant de temps devant des écrans. La sobriété numérique est un engagement important, et le monde a besoin de personnes prêtes à aider les autres plus que jamais. Avant que l’humanité ne retrouve confiance face aux défis, retenons les mots de la philosophe Simone Weil dans La Pesanteur et la grâce : « La vraie présence, ce n’est pas d’être là physiquement, mais de porter une attention complète à ce qui se passe autour de nous. »

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