La population française est contaminée au cadmium comme aucun autre peuple européen

Ils signalent une « bombe sanitaire ». La députée Clémentine Autain (L’Après) et son collègue Benoît Biteau proposent une loi pour limiter l’exposition au cadmium, un métal lourd dangereux pour la santé, à l’Assemblée nationale le mardi 2 juin.
En France, selon Géraldine Carne de l’Anses, près de la moitié des adultes dépassent les valeurs toxicologiques de référence, comme le souligne Benoît Biteau. En cause : l’alimentation, expliquant « jusqu’à 98 % de l’imprégnation au cadmium » par des produits courants comme le pain, les pâtes, les pommes de terre et le riz.
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Le cadmium est absorbé par les cultures via les engrais et se retrouve dans la chaîne alimentaire. En fin de chaîne, il s’accumule dans le corps des consommateurs, pouvant causer des problèmes aux reins, aux poumons, au pancréas et aux os.
Le cadmium, naturellement présent dans l’environnement, est plus concentré dans les sols français en raison des engrais phosphatés importés à 95 % par la France, dont environ 40 % proviennent du Maroc, selon l’émission « Cultures mondes » sur France Culture. Les roches marocaines sont riches en cadmium pour des raisons géologiques, selon l’Inrae.
En Afrique du Nord, les gisements de roches phosphatées sont des roches sédimentaires avec des teneurs élevées en cadmium, selon l’Anses. Cependant, les roches ignées, telles celles d’Afrique du Sud ou de Russie, ont généralement peu de cadmium.
Les Italiens, gros consommateurs de pâtes (25 kg par an et par personne en moyenne, contre 8 kg en France), sont moins exposés au cadmium que les Français. Pourquoi ? Les engrais phosphatés en Italie proviennent du Maroc, de Jordanie et de Russie, selon la journaliste italienne Arianna Poletti, spécialiste du Maghreb et de l’environnement, sur France Culture.
Les sols français sont deux fois plus contaminés que les sols européens. C’est le double des sols allemands et le triple des sols belges. Ainsi, les agriculteurs de ces pays s’approvisionnent en Europe du Nord, a précisé Benoît Biteau dans le documentaire diffusé sur France 5 en mai. Il a également mentionné des gisements de phosphate à faible teneur en cadmium au Brésil.
Le gouvernement français n’a pas abordé la diversification de l’approvisionnement en engrais phosphatés. Elle pourrait perturber un partenariat économique crucial entre la France et le Maroc, notamment avec le groupe OCP, leader mondial des produits phosphatés et première entreprise marocaine (dont l’État marocain est le principal actionnaire).
« Des facteurs historiques poussent les producteurs d’engrais français à se tourner vers le Maroc », a souligné le toxicologue Olivier Laprévote dans l’émission “La Science CQFD” sur France Culture en avril. Il a également mentionné un enjeu géopolitique. Étant donné que les roches ignées à faible teneur en phosphate sont principalement présentes en Ukraine, en Russie et ailleurs.
L’origine des engrais phosphatés ne suffit pas à expliquer l’exposition élevée des Français au cadmium. En effet, derrière cette exception tricolore se cache une dérogation. La France peut utiliser des engrais phosphatés avec des taux de cadmium de 90 mg/kg, supérieurs à la limite de 60 mg/kg fixée par l’Union européenne depuis 2019, selon l’Anses.
Pour résoudre ce problème, l’agence propose de réduire rapidement en France les limites de cadmium dans les engrais à 20 mg/kg, des seuils déjà appliqués en Finlande, en Hongrie et en Slovaquie, selon Le Monde en 2018. Moins radical, le texte de Clémentine Autain et Benoît Biteau propose une baisse progressive : 40 mg/kg en 2027, puis 20 mg/kg en 2030. Le ministère de l’Agriculture propose une réduction plus progressive du taux de pesticide : 60 mg/kg en 2027, 40 mg/kg en 2030 et 20 mg/kg en 2038.
OCP affirme avoir réduit la teneur de ses engrais phosphatés à moins de 20 mg/kg, mais Martin Boudot remet en question cette affirmation, soulignant des niveaux plus élevés dans les produits marocains. Agir n’aura d’effet que sur le long terme, prévient l’Inrae.
(Article reformulé à l’aide d’IA)
