Rendre le vote obligatoire afin d’enrailler l’abstention

Rendre le vote obligatoire afin d'enrailler l'abstentionLa France regarde cette vague d’abstention qui grossit d’élection en élection et qui hypothèque considérablement la valeur des résultats et la légitimité des élus. Aux élections législatives, c’est encore pire puisque au premier tour, qui présente pourtant une offre politique très large, le taux d’abstention se situe entre 30 et 70% selon les circonscriptions et les catégories socio-professionnelles et l’âge des inscrits sur les listes électorales. Les électeurs réclament d’un côté des réformes fortes mais ne se donnent pas les moyens d’y contribuer par la voie politique. La France grogne contre sa gouvernance mais ne veut pas participer à l’élection en cette gouvernance.

On découvre une France dont la moitié réclame un Etat-Providence et protecteur mais refuse de participer à son fonctionnement. Cette situation est évidemment dangereuse pour l’avenir des pays occidentaux qui ont fondé leur organisation sur la valeur de la démocratie et des libertés individuelles, dont la liberté du commerce et de l’économie de marché. En refusant de participer à un pouvoir parce que ça ne servirait à rien, on renforce la technicité de ce pouvoir et par conséquent, celui des experts éloignés du champ politique. Digital ou pas, l’idée de rendre le vote obligatoire est une idée qui ne circule pas beaucoup en France.

Cette idée est même dans beaucoup de partis politiques taboue. Alors que le principe est appliqué dans beaucoup de pays. Le vote est obligatoire dans 27 pays du monde. Beaucoup de pays d’Amérique du Sud, dont le Brésil, le Mexique, la Bolivie, mais aussi la Turquie, ou l’Égypte ont rendu le vote obligatoire, alors ces pays ne sont pas pour autant et toujours des modèles de démocratie.

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Mais, d’autres pays comme l’Australie, la Belgique, la Grèce, Singapour, l’Argentine, Panama n’ont pas de leçons à recevoir. La Belgique est un petit modèle du genre. Encore faut-il que les contre-pouvoirs puissent fonctionner, ce qui n’est pas toujours le cas en Amérique du Sud ou en Turquie, où le vote obligatoire permet même de justifier un certain autoritarisme de l’état central. Pour que le vote obligatoire génère des résultats, encore faut-il qu’il soit organisé et contrôlé et que les manquements soient sanctionnés.

En Belgique, au Luxembourg, à Singapour, en Argentine, au Pérou, l’abstention est sanctionnée soit par des amendes qui peuvent dépasser les 200 euros ou alors entrainer des difficultés pour continuer à bénéficier des services de l’Etat. En France , la classe politique n’a jamais voulu, rentrer dans ce débat parce que le caractère obligatoire serait considéré comme une atteinte à la liberté individuelle. Jean-Luc Mélenchon, par exemple, a introduit le vote obligatoire dans son projet de VIᵉ république, mais il n’en parle plus. Beaucoup de responsables politiques considèrent que cette question n’est pas mûre actuellement.

Les antis-vacs ont agi au nom de la protection des libertés individuelles, cependant les anti-vacs avaient oublié une chose, que si la liberté individuelle est sacrée, elle s’arrête toujours où commence celle des autres.

On pourra considérer un jour, compte tenu des dégâts de l’abstentionnisme, que la liberté de ne pas voter provoque des dangers pour l’équilibre et la pérennité de la société. À présent et depuis plus d’un siècle, l’inscription sur les listes électorales est obligatoire et donne le droit de voter. Mais l’exercice du droit de vote n’est pas obligatoire.

C’est une liberté inscrite dans la Constitution. Néanmoins, dans la Constitution, il existe aussi le principe de précaution que l’on pourrait invoquer pour rendre le vote obligatoire, si l’on considère que l’abstention ouvre la porte au désordre, rapporte atlantico.fr.

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