Un an après le cyclone Chido à Mayotte, le “flop” du prêt à taux zéro

En quelques heures, le 14 décembre 2024, le cyclone Chido a dévasté une partie de Mayotte. Un an après le cataclysme, la reconstruction avance lentement dans le 101ᵉ département français. Des débris jonchent le territoire, des bâtiments sont sans toit ou couverts de bâches, 60 % du bâti a été détruit ou endommagé par la catastrophe, selon la Fondation pour le logement.
Arrivé à Mamoudzou cinq jours après les vents destructeurs, Emmanuel Macron avait promis des aides pour la reconstruction de l’archipel. En février, le Parlement a adopté un projet de loi d’urgence pour sa reconstruction. Un autre texte pour « refonder Mayotte » a été promulgué en août. En moins de six mois, on a planifié près de quatre milliards d’euros d’investissements. On l’a fait très rapidement. Faire adopter deux lois en 2025 a été un exploit, a souligné Manuel Valls dans Les Echos le 11 décembre.
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Parmi les mesures, un prêt à taux zéro est mis en place. Au lancement, le gouvernement faisait l’éloge d’un prêt garanti par l’État de 50 000 euros, sans conditions de ressources, remboursable sur vingt ans, pour rénover le parc résidentiel privé à Mayotte. Un an après, le bilan de ce programme est décevant.
Action Logement, principal pourvoyeur de ce prêt, affirme que seulement 149 dossiers ont été reçus depuis le 13 mai, selon franceinfo. Une goutte d’eau parmi 36 000 logements endommagés, selon la Fondation pour le logement. Seuls 50 dossiers ont été validés au 5 décembre et 26 sont en cours d’étude. « Les autres ont été refusés. Le prêt à taux zéro est un échec total », critique Estelle Youssouffa, députée de Mayotte. C’est la mesure la moins efficace. On avait tenté d’alerter lorsque l’idée avait surgi dans l’esprit du président, mais sans effet.
D’autres critiquent aussi ce mécanisme de soutien. Le prêt à taux zéro exclut les plus vulnérables, selon Matthieu Hoarau de la Fondation pour le logement dans l’océan Indien. Mayotte est le département le plus pauvre de France. Le niveau de vie médian y est sept fois plus bas qu’au niveau national. Environ 77 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté national, soit cinq fois plus qu’en France, d’après l’Insee. Une situation aggravée par une forte immigration, surtout clandestine, des Comores voisines.
« La plupart des Mahorais manquent de ressources et ont du mal à fournir les pièces nécessaires pour obtenir les aides », explique Matthieu Hoarau. Son rapport critique des dispositifs inspirés des modèles français et qui peinent à s’adapter localement. Le ministère des Outre-mer contacté n’a pas répondu aux questions de franceinfo sur les dispositifs de soutien post-Chido.
Le faible nombre de prêts à taux zéro révèle les difficultés de reconstruction à Mayotte. Malgré l’avancée de la reconstruction pour les établissements publics, comme les écoles ou les mairies, avec parfois l’aide de l’armée, le secteur privé n’a pas encore totalement récupéré de la catastrophe. Les aides d’urgence aux sinistrés de Mayotte semblent insuffisantes par rapport aux travaux urgents à réaliser. Les fonds de solidarité nationale offrent 1 000 euros pour un logement endommagé et 1 800 euros pour un bien immobilier détruit. Selon la Fondation pour le logement, cette aide ressemble à une aumône institutionnelle.
« Rien n’a changé, leurs experts retardent et notre angoisse monte à l’approche de la saison cyclonique », dit une habitante de Petite-Terre, dont le toit a été emporté. France Assureurs déclare 20 000 sinistres pour 524 millions d’euros à franceinfo, mais ne communique pas le montant des indemnisations versées. À Mayotte, seulement 6 % des habitants avaient souscrit une assurance multirisques habitation en 2020, selon un rapport de l’Inspection générale des finances.
Certains Mahorais accumulent les crédits à la consommation par manque d’argent, selon la Fondation pour le logement. Un cas mentionne une personne avec cinq crédits et un taux d’effort de 63 %. Les assureurs rencontrent des difficultés dans le domaine des assurances en raison de l’absence de titres de propriété de leurs assurés. « Les banques n’ont pas toujours été au rendez-vous », admet Manuel Valls dans Les Echos.
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En plus des problèmes financiers, il y a une pénurie constante de matériaux et d’artisans sur l’île. D’après Julian Champiat, président de la fédération mahoraise du BTP, il faut maintenant attendre « quatre mois » pour recevoir une commande, au lieu de “deux” avant. Une architecte concernée par la reconstruction du territoire se plaint de la paperasse et des formalités administratives qui s’accumulent.
À Mayotte, c’est la débrouille qui règne. Peu de jours après la catastrophe, la plupart des maisons en tôle étaient déjà reconstruites dans les bidonvilles. La Fondation pour le logement insiste sur la nécessité de fournir des logements dignes et abordables pour tous à Mayotte, où un habitat précaire expose les habitants à un risque accru de glissements de terrain. On est loin. « Sur les quatre milliards prévus pour Mayotte [sur six ans], seuls 200 millions sont alloués au logement ». Bien sûr, ce n’est pas la priorité, critique Matthieu Hoarau. On répète les mêmes erreurs qu’avant Chido.
La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, se rendra à Mayotte du 13 au 15 décembre pour commémorer le premier anniversaire de la catastrophe. Elle veut aussi évaluer la reconstruction et écouter les Mahorais, a expliqué Mayotte la 1ʳᵉ. Je ne dis pas que tout va bien, que tout avance. Je veux savoir ce qui bloque la reconstruction.
