L’Ifop a enquêté sur la pratique religieuse des musulmans de France

L'Ifop a enquêté sur la pratique religieuse des musulmans de France
Quelle est la configuration de l’islam en France en 2025 ? Une étude réalisée par l’Ifop et publiée le mardi 18 novembre rapporte une « revitalisation » de la pratique de la religion musulmane en France. Cependant, on observe une augmentation inquiétante de l’adhésion aux idées islamistes, en particulier parmi les jeunes. Cette recherche est mandatée par Écran de veille, une publication regroupant notamment d’anciens journalistes de Marianne, dont le contenu est principalement axé sur la dénonciation de ce qu’ils appellent « l’entrisme musulman ».

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Interrogé par franceinfo, Ibrahim Alci, co-président du Conseil français du culte musulman (CFCM), « prend acte » de ces résultats. Il met cependant en garde contre la nécessité de « veiller à éviter les amalgames » lors de la lecture de l’étude.

Le rapport de 60 pages souligne une croissance « graduelle mais constante » de « la part des musulmans parmi la population adulte française ». Le taux est actuellement de 7 %, comparé à 0,5 % en 1985. L’Ifop souligne que la théorie raciste du « grand remplacement » de la population française autochtone par la population musulmane, largement propagée par l’extrême droite, n’est pas étayée par les faits.

En France, l’islam est caractérisé par une « trajectoire de revitalisation religieuse », contrairement au catholicisme, comme le protestantisme évangélique, comme le souligne l’étude. La religiosité des musulmans est plus prononcée que celle des fidèles d’autres religions. Près de 80 % des musulmans expriment un sentiment de religiosité allant de « plutôt religieux » à « très religieux », voire « extrêmement religieux », tandis que cette proportion est d’environ 50 % en moyenne pour les autres croyants. Les pratiques religieuses et cultuelles des musulmans ont connu une intensification notable durant les dernières décennies. On constate une augmentation du taux de pratique quotidienne de la prière entre 1989 (41 %) et 2025 (62 %), en particulier parmi les individus âgés de moins de 25 ans (67 %). Le jeûne du Ramadan sur toute la durée du mois est largement observé, avec un taux de 73 % en 2025, comparé à 60 % en 1989, particulièrement parmi les jeunes, atteignant 83 % chez les 18-24 ans.

Ainsi, l’Ifop constate qu’une fraction des jeunes musulmans est engagée dans un processus de “réaffiliation religieuse” à un islam traditionaliste. Ibrahim Alci, coprésident du CFCM, considère ce renouveau religieux comme une évolution positive. Selon lui, tant que les croyants rigoristes pratiquent leur foi sans perturber autrui, ils exercent simplement leur liberté individuelle. Selon une publication de l’Ifop, il est souligné que la pratique religieuse n’est pas spécifique à la communauté musulmane. En effet, la jeunesse croyante, quelle que soit sa confession, montre des pratiques plus fréquentes et régulières que les générations précédentes.

Ce niveau élevé de pratique religieuse est associé à la mise en place d’un « séparatisme de genre » qui est loin d’être anecdotique, rompant ainsi avec le libéralisme moral prédominant en Occident. En réalité, 43 % des musulmans interrogés ont déclaré refuser au moins une forme de contact physique ou visuel avec le sexe opposé. En détail, un tiers (33 %) des individus refusent d’embrasser une personne de sexe opposé, tandis que 14 % refusent de lui serrer la main. À chaque occasion, il est observé que le refus de ces contacts est plus fréquent chez les femmes que chez les hommes. Une fois de plus, ces statistiques sont plus élevées au sein de la population jeune de confession musulmane. Ibrahim Alci exprime son étonnement face aux résultats de l’institut sur ce point, tout en admettant l’existence de telles situations. Seules des personnes de confession musulmane ont été sollicitées pour répondre à ces questions dans le cadre de l’étude.

De plus, on observe une démocratisation du port du voile parmi la jeunesse, même si cela demeure une pratique minoritaire. Près de la moitié (45 %) des femmes musulmanes âgées de 18 à 24 ans portent le voile de nos jours, ce qui représente une augmentation significative par rapport à 2003 (16 %), année marquée par les discussions sur son interdiction à l’école. Par conséquent, l’institut considère que ce phénomène de « séparatisme », promu par « la fraction la plus conservatrice de la communauté musulmane », s’inscrit vraisemblablement dans un processus de renforcement de l’identité. Les pratiques séparatistes agissent comme des signes distinctifs dans une société perçue comme étant hostile ou assimilatrice envers les musulmans. Par conséquent, le port du voile est motivé en même temps par une obligation religieuse (80 %) et par le désir de se protéger dans l’espace public (44 % des répondants indiquent le porter afin de ne pas susciter l’attention des hommes), mais il reflète également un sentiment de fierté identitaire (38 % le portent pour affirmer leur adhésion à leur religion).

L’institut souligne par ailleurs que la volonté des musulmans en France de vivre dans une société en accord avec les principes de la loi islamique reste forte, voire en augmentation, malgré la séparation des Églises et de l’État en vigueur depuis 1905. On constate une augmentation du pourcentage de musulmans préférant suivre les lois religieuses plutôt que les lois françaises lors d’un arbitrage sur des sujets jugés « importants », passant de 28 % en 1995 à 44 % en 2025. La question n’ayant pas été posée aux adeptes d’autres religions, il est difficile de se prononcer sur une exception spécifique à l’islam concernant ce sujet.

De plus, moins de la moitié des musulmans (46 %) pensent que la charia devrait être mise en œuvre, indépendamment du pays, avec 15 % la soutenant « intégralement » et 31 % “en partie”, en la modifiant pour s’aligner sur les lois du pays concerné. Cependant, en 2008, cette proportion était plus élevée, avec plus de la moitié (54 %) des musulmans favorables à son application, au moins partiellement. La charia, également connue sous le nom de loi islamique, est définie par Ibrahim Alci comme étant « l’ensemble des principes religieux, moraux et juridiques tirés du Coran, des paroles du Prophète et de l’interprétation des savants ». Il souligne que la charia représente un idéal religieux, mais met en garde contre les interprétations extrémistes de celle-ci. Les questions posées par l’Ifop ne spécifient pas la signification du terme « charia » auquel les répondants font référence.

D’un point de vue différent, le coprésident du CFCM soutient que les croyants devraient observer les « dimensions individuelles de la charia » telles que la prière, le jeûne, l’aumône aux nécessiteux, etc., tout en précisant que la charia ne devrait pas être considérée comme « une norme juridique en vigueur en France ».

Malgré ces résultats, l’Ifop souligne que diverses « idées préconçues » concernant la population musulmane, souvent perçue comme une “communauté fermée”, sont remises en question par l’étude. De nos jours, on observe une augmentation du nombre de musulmans qui pensent que d’autres membres de leur communauté ont le droit de quitter l’islam, passant de 44 % en 1989 à 73 % en 2025. Un autre indicateur manifeste d’ouverture est qu’ils sont moins fréquemment en couple avec un conjoint partageant la même religion que la majorité des croyants (73 % contre 80 %).

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En conclusion, l’Ifop met en évidence la montée en puissance des idées islamistes visant à politiser l’islam au sein de la communauté musulmane, bien qu’elles demeurent minoritaires. En 2025, près de 38 % des musulmans approuvent au moins partiellement les positions qualifiées d’« islamistes », ce qui représente une augmentation significative par rapport aux 19 % en 1988 qui soutenaient des positions qualifiées d’« intégristes » il y a une trentaine d’années. Cependant, ces deux termes ne sont pas explicitement définis dans l’étude. Une fois de plus, il est observé que les jeunes sont plus enclins que les personnes plus âgées à soutenir cette perspective, avec 42 % des individus âgés de 15 à 24 ans et 43 % des individus âgés de 25 à 34 ans approuvant en totalité ou en partie les positions islamistes.

Au sein des courants islamistes, les Frères musulmans suscitent autant de faveur que d’opposition, avec respectivement 24 % des répondants exprimant ces deux sentiments. L’écart est significativement plus important concernant le salafisme (28 % d’hostilité, 9 % de sympathie) et le jihadisme (52 % d’hostilité, 3 % de sympathie). En guise de conclusion, cette étude examine la possibilité de réversibilité de la tendance à la « réislamisation » de la communauté musulmane, caractérisée par l’adoption de normes religieuses strictes et une orientation croissante vers un agenda politique islamiste. Selon l’Ifop, à l’heure actuelle, “aucun élément ne semble freiner cette évolution”. Ibrahim Alci soutient que pour lutter contre l’extrémisme, il est essentiel d’investir dans des établissements de formation de haute qualité destinés aux imams en France, comprenant un programme commun sur les principes de la laïcité et du cadre républicain.

Une enquête réalisée par téléphone par l’Ifop pour la revue Écran de veille, entre le 8 août et le 2 septembre 2025, a interrogé un échantillon de 1 005 individus de confession musulmane. Cet échantillon a été extrait d’un échantillon national représentatif de 14 244 personnes âgées de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine.

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