À Ibiza, des serpents nageurs

Les crabes bleus en Méditerranée et les écrevisses de Louisiane sont en plein essor en France. Elle est aussi confrontée à une espèce invasive qui perturbe l’écosystème des îles des Baléares, et notamment l’une d’entre elles, Ibiza. La couleuvre fer-à-cheval (Hemorrhois hippocrepis) est rarement supérieure à 1,80 mètre, mais certains spécimens de plus de deux mètres ont été trouvés et les prévisions sont qu’elles seront présentes sur toute l’île d’ici la fin de 2027, selon le journal britannique The Guardian.
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Ibiza a accueilli la couleuvre fer-à-cheval au début des années 2000, alors qu’on était en vogue pour l’importation d’oliviers centenaires, originaires des terres, en Espagne, pour la décoration de jardin. Ces serpents nageurs ne présentent pas de danger pour l’homme. En revanche, pour les lézards des Pityuses, aussi connus sous le nom de lézards des murailles d’Ibiza, une espèce emblématique de l’archipel espagnol. Dans un article publié en avril dernier dans la revue scientifique Ecology, huit chercheurs constatent que cette espèce de serpents est passée de « vulnérable » à « menacée » sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature en octobre 2022, alors que plus de 12 000 serpents ont été abattus intensément depuis 2016.
Jusqu’à présent, les chercheurs croyaient que les populations de lézards sur les îlots environnants étaient protégées, car sur des parties de terre entourées d’eau de mer, et donc inaccessibles aux serpents. Cependant, en avril 2024, lors d’une campagne visant à introduire les oiseaux marins, des chercheurs ont capturé un serpent nageant vers l’îlot de Santa Eulària, situé à 430 mètres au large de la côte est d’Ibiza, et qu’il a finalement atteint. Le jour même, ces chercheurs ont repéré un autre serpent sur cet îlot de quatre hectares. Durant les 13 visites qui ont suivi jusqu’en mai dernier, 58 serpents ont été capturés, soit par pièges, soit à la main.
Selon Oriol Lapiedra, biologiste au Centre de recherche écologique et d’applications forestières (Creaf) en Catalogne, il y avait une augmentation des témoignages de pêcheurs et de touristes rapportant des serpents nageant, ce qui nous laissait supposer que le phénomène était répandu. Cependant, cela constituait la première preuve concrète que nous avions d’un serpent qui a navigué d’Ibiza jusqu’à l’îlot.
Pour évaluer la disparition des lézards, il compare juste les recensements depuis dix ans. En 2016, l’îlot de Santa Eulària avait compté 72 lézards. D’octobre 2023 à mai 2025, aucun lézard n’a simplement été observé. À S’Or, sur l’îlot voisin, les lézards des murailles d’Ibiza ont disparu dès 2018, sans que l’on puisse établir un lien officiel avec les serpents, leur expansion n’étant pas connue à l’époque.
Dans leurs recherches, les chercheurs expliquent que 77 % des observations de serpents nageurs ont lieu à moins de 200 mètres du rivage, et que ces observations « ne semblent pas être liées à des conditions météorologiques difficiles » puisque toutes font état de conditions ensoleillées et calmes. « La nage en mer est probablement due à une dispersion à partir de zones côtières déjà envahies, plutôt qu’à une dérive accidentelle ou en lien avec les conditions météorologiques. » D’autres exemples de serpents nageurs, tels que les pythons birmans de Floride, ou même, chez nous, la couleuvre de Montpellier, observée le long des côtes françaises. Ainsi, les serpents invasifs peuvent atteindre et s’installer sur des îles, en nageant, sans aucune intervention humaine.
Dans d’autres cas, des espèces ont déjà disparu à cause des serpents, comme des reptiles sur la Grande Canarie, l’une des îles Canaries, ou des espèces d’oiseaux sur l’île de Guam, dans l’océan Pacifique. Cependant, ici, bien au-delà de la simple disparition des lézards des murailles d’Ibiza sur l’archipel espagnol, les chercheurs s’inquiètent des conséquences écologiques « en cascade » : cela entraverait une bonne dispersion des graines, entraînant des conséquences sur la pollinisation La régulation des populations d’insectes est également assurée par les lézards.
Quelle est la raison pour laquelle ces serpents doivent prendre le large et nager vers les îlots environnants? Afin de trouver d’autres animaux, de plus en plus rares sur les îles principales? Ou parce que cette espèce invasive est plus portée à parcourir de longues distances? À ce stade, les chercheurs ne peuvent répondre à ces interrogations. « Ce cas met en évidence l’imprévisibilité du comportement des espèces invasives et met en évidence l’importance d’une recherche continue pour anticiper et prévenir les conséquences écologiques à venir », concluent-ils.
Alors que les lézards sont en danger dans les espaces naturels des îles, ils semblent mieux protégés en ville, car « dans les zones urbaines, les serpents sont écrasés par les voitures et tués par les habitants qui ne sont pas familiers avec les serpents ». D’après Oriol Lapiedra, du Centre de recherche écologique et d’applications forestières, certaines de ces zones urbaines hébergent donc de bonnes populations de lézards.
(Article reformulé à l’aide d’IA)
