Pandémie : Près de 800 000 virus d’origine animale nous menacent

La nomination d’un vétérinaire au Conseil scientifique sur le Covid-19 a mis l’accent sur la nécessité d’associer des spécialistes des animaux aux spécialistes de la santé humaine.

Réclamée par de nombreux experts depuis un an, la récente nomination d’un spécialiste de la santé animale au sein du conseil scientifique français sur le Covid-19 est un symbole fort : il montre qu’il est nécessaire de conjuguer les compétences pour prévenir les maladies nouvelles dont l’émergence se multiplie : 60 % des maladies humaines existantes sont en effet désormais zoonotiques, autrement dit issues du monde animal, et 75 % des maladies émergentes le sont aussi.

Les virus, bactéries ou parasites « sautent » la barrière d’espèces pour infecter l’être humain, le plus souvent en transitant par des animaux domestiques. D’où ce concept d’associer les disciplines appelées One Health (« une seule santé ») né dans les milieux scientifiques internationaux au début des années 2000.

Dans cet esprit, à la mi-janvier 2021, sous l’égide de la France, s’est tenu à Paris le One Planet Summit. Il a permis de lancer l’initiative Prezode – dont l’objectif est de prévenir de futures crises sanitaires en détectant de manière précoce ces maladies chez les animaux, afin de réagir avant qu’elles ne « sautent » la barrière d’espèce et se diffusent entre humains.

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En 2014 enfin, l’Afrique de l’Ouest subit la plus grande épidémie de fièvre Ebola jamais encore connue dans le continent (où la maladie se maintenait à bas bruit depuis son apparition au Soudan et au Congo en 1976). En effet, en octobre 2019 un groupe de 22 experts internationaux de l’IPBES (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) dont fait partie Benjamin Roche, alertait en ces termes : « On estime à 1,7 million le nombre de virus ‘non découverts’ actuellement présents dans les mammifères et les oiseaux, dont 827 000 pourraient avoir la capacité d’infecter les êtres humains. »

Dans le cas du virus Ebola en Afrique, poursuit l’éco-épidémiologiste, on s’est rendu compte qu’il se propageait tout particulièrement dans les zones déforestées, car les chauve-souris originaires des écosystèmes forestiers sont contraintes de se déplacer de plus en plus près des villages et des villes à proximité de ces écosystèmes : c’est là que se fait la transmission à l’homme, puis la transmission interhumaine prend le relais. »

« Cette articulation entre médecine humaine et vétérinaire, elle commence à se faire dans les pays de l’hémisphère nord, explique l’historien de la santé Patrick Zylberman, mais on en est encore très loin dans les pays du sud. Ce concept de One Health, qui semble frappé au sceau du bon sens, se heurte donc aujourd’hui à un problème de déploiement sur le terrain.

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