En Corse, des cours anti-mafia dès le collège

En Corse, des cours anti-mafia dès le collège
Fanny Hamard Corsematin

Ce cours d’histoire se distingue des autres par son approche axée sur une actualité brûlante et immédiate, comme le souligne l’enseignant : « Nous ne sommes pas dans le domaine de l’histoire traditionnelle, mais plutôt au cœur d’événements contemporains. »

Il s’agit du premier cours sur la lutte contre la mafia pour cette classe de seconde. Le professeur d’histoire-géographie, Sébastien Ottavi, utilise des articles de presse comme point de départ pour engager la discussion avec ses élèves en posant la question suivante : « Avez-vous identifié des éléments dans le texte qui mettent en lumière la violence présente dans la société corse ? » Une élève répond alors : « Le nombre de ces éléments augmente chaque année. » Le professeur ajoute que, en termes de taux par habitant, la région détient le triste record du plus grand nombre d’assassinats en Europe. Le plus grand nombre de meurtres est commis dans notre région.»

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L’objectif est de confronter les adolescents à la réalité des faits, ainsi qu’à leurs propres représentations. Il est indéniable que certaines actions ne sont pas moralement justifiables, cependant, lorsque ces actions impliquent une personne proche de nous et susceptible de nous aider dans notre recherche d’emploi… Supposons qu’à l’avenir, je me trouve impliqué dans une dispute… En réalité, ces individus peuvent engendrer autant des effets positifs que négatifs, il convient simplement d’évaluer les avantages et les inconvénients, soutient une élève de lycée.

L’enseignant constate que les élèves ont été exposés à cette actualité violente pendant leur croissance. Il est ardu de ne pas tenir compte de cette situation au sein de notre lycée situé en centre-ville, étant donné la récurrence des événements récents. Plusieurs meurtres ont été commis à proximité immédiate de notre établissement. Il est complexe de constater que les élèves sont absorbés par TikTok et ont l’esprit ailleurs. La plupart du temps, ils passent sûrement leur temps sur TikTok et ont d’autres préoccupations, mais ils demeurent néanmoins présents ici.

Certains adolescents à la terrasse d’un fast-food à Ajaccio continuent de promouvoir une vision idéalisée des organisations criminelles. L’un d’eux affirme que malgré les aspects négatifs, ces groupes revendiquent leur identité localement afin d’éviter que la situation ne dégénère comme sur le continent. La sécurité est un bien rare sur le continent, difficile à trouver en tout lieu. En revanche, c’est l’inverse. Cela permet d’instaurer un certain ordre. À mon avis, en l’absence de leur présence, la situation sécuritaire en Corse serait semblable à celle de l’Hexagone. Cela demeure préférable pour la population corse qui aspire à demeurer paisible en ce lieu.

C’est dans le but de déconstruire les représentations idéalisées du « voyou » que le rectorat a décidé de mettre en œuvre ces cours. Une initiative depuis longtemps réclamée par les groupes anti-mafia, tels que l’organisation « Maffia No a Vita Iè » (mafia non, la vie oui). Il est bien connu que la mafia est une entité locale. Nous devons faire preuve de grande prudence, rester totalement impartiaux et permettre aux enfants de s’exprimer, souligne Josette Dall’Ava Santucci, qui s’investit depuis longtemps dans ce domaine.

Cette médecin âgée de 83 ans continue de mener une lutte pour sensibiliser les futures générations. Josette Dall’Ava Santucci déclare : Il s’agit de l’avenir de mes petits-enfants et de tous les enfants de la Corse. Si ces individus peuvent résider ici, c’est une bonne chose. Toutefois, à l’heure actuelle, je ne les encouragerais pas à retourner en Corse après leurs études, en raison de la persistance de difficultés importantes dans la région. L’attachement au territoire revêt une importance capitale. Il est également mon rêve de pouvoir travailler sur la terre de nos ancêtres.

Ces cours, s’inspirant des pratiques éducatives italiennes établies depuis de nombreuses années, sont destinés à être suivis par un total de 16 000 élèves corses, du niveau de la 4ᵉ à celui de la terminale. Il y a du travail !

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