Les profs désabusés devant le programme de l’éducation d’Emmanuel Macron

Les profs désabusés devant le programme de l’éducation d’Emmanuel Macron«C’est la mentalité start-up appliquée à la fonction publique», résume Jérémy Destenave, professeur de SVT dans un collège de Dordogne. «Les gilets jaunes, la Covid ont empêché Macron d’aller trop loin dans sa casse. Cependant, cet acharnement libéral dure depuis cinq ans», juge Nicolas Glière, prof de français à Paris et porte-parole national du collectif des Stylos rouges. «On n’attend pas plus de Macron que ce que l’on attendait de Blanquer. On a dépassé le stade du rationnel», lâche de son côté Jérémy Destenave.

Voulant faire croire à un Macron nouveau ayant «changé de méthode», le candidat LREM promet «une large concertation» avant de lancer ses réformes. Les orientations sont déjà actées», souffle Lucas, prof d’histoire-géo dans l’Ouest parisien . » L’un des leviers ? «Un pacte nouveau pour les enseignants.» Refusant une revalorisation nationale – prônée par la majorité des autres candidats –, Macron souhaite augmenter «substantiellement» les rémunérations de ceux qui sont «prêts à aller vers nouvelles missions», jugeant «difficile» de payer plus des enseignants qui ne «font pas plus d’efforts».

«La carte du prof bashing»

Ces nouvelles missions apparaissent en sus déconnectées de la réalité de ce que les enseignants font déjà sur le terrain pour peu ou pas de valorisation. Dans le secondaire, ce travail de lien avec les familles est notamment assumé par les professeurs principaux. «Le nombre d’heures passées à cela est plus important que ce qui est couvert par la prime de prof principal. Je n’ai pas l’impression», soulève Fabien Salesse, prof d’histoire-géo à Lyon.

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«On ne peut pas dire avec des trémolos dans la voix que l’on doit ces heures aux élèves, mais ne pas faire en sorte qu’il y ait des enseignants pour les assumer. » Si les profs déjà en poste auront le choix entre accepter un salaire en décrochage ou trimer davantage, les nouveaux entrants seront eux «embauchés sur la base de ce nouveau contrat». Pour Jérémy Destenave, Macron «joue la carte du prof bashing. Il réactive les réflexes anti-enseignants sur le temps de travail, les vacances, l’investissement».

« On est une masse de personnes qu’il faudrait casser», estime Maxime , prof des écoles remplaçant à Mulhouse. « Il y a des enseignants aussi, cela existe, qui ont disparu.» Une déclaration jugée «honteuse» par la majorité des enseignants interrogés par liberation.fr.

«Mise en concurrence»

Emmanuel Macron compte aussi jouer sur le tableau d’une opposition parents-prof en permettant de «comparer les méthodes pédagogiques» des enseignants via la publication des résultats de chaque classe. «Je connais des enseignants extraordinaires qui utilisent toutes les méthodes et pédagogies et se retrouvent dans une impasse avec des élèves avec qui ça ne marche pas», insiste Maxime. S’appuyant sur l’expérimentation de son plan «Marseille en grand», n’entrant en vigueur qu’à la rentrée, Macron envisage aussi de laisser une autonomie accrue aux établissements. «C’est encore une mise en concurrence, les établissements attractifs vont trouver des enseignants et dans les plus difficiles, ce sera encore plus compliqué», estime Inès Bettaieb, prof d’anglais à Paris.

«De plus en plus de collègues assument ne pas voter pour Macron au second tour y compris contre Zemmour ou Le Pen», constate Jérémy Destenave.

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