“Ce n’est pas à cause des patients si notre système de santé est en difficulté”

Selon Jean-François Corty, président de Médecins du Monde, interrogé le jeudi 25 décembre sur franceinfo, les patients ne sont pas responsables des difficultés rencontrées par notre système de santé. Alors que les négociations budgétaires doivent reprendre en janvier, le président de l’organisation non gouvernementale prônant un accès universel et durable aux soins de santé, insiste sur la nécessité de défendre un État social solide, face à l’aggravation de la précarité, comme en témoignent les données chiffrées.
Selon les dires de Jean-François Corty, environ 350 000 individus se retrouvent sans domicile fixe et 4 millions de personnes souffrent de conditions de logement précaires, ce qui représente une augmentation de 150 % en une décennie. De surcroît, un nombre croissant de personnes vivent dans la rue avec des pathologies complexes et des affections chroniques qui s’avèrent ardues à gérer dans de telles circonstances. Il exprime son regret quant au grand nombre de patients marginalisés par le système de santé en difficulté.
Médecins du Monde critique la tendance à la financiarisation de la santé.
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Au cours des délibérations sur le budget 2026, actuellement suspendues jusqu’en janvier suite à l’adoption d’une loi spéciale, Jean-François Corty exprime son indignation face aux propositions émises par certains membres du Parlement. Il souligne l’importance de ne pas négliger le contenu des débats qui ont eu lieu lors de ce vote, en particulier concernant le domaine de la santé. Il critique le fait que de nombreux élus ont mis l’accent sur les patients susceptibles de subir des abus, plutôt que de reconnaître la diminution de la solidité de notre État social et son désengagement progressif.
Cela s’est manifesté par des propositions remettant continuellement en question l’aide médicale d’État (AME). Les Français précaires, ainsi que les Français en général, ont également été ciblés dans leur accès aux soins, notamment à travers des discussions remettant en question les affections de longue durée (ALD) et tentant de remettre en cause les franchises médicales, deux propositions qui ont jusqu’à présent été rejetées. Cependant, ce qui a été adopté est une augmentation des cotisations des mutuelles, ce qui aura un impact financier sur les Français. Cette tendance à la privatisation et à la financiarisation du secteur de la santé aggrave les inégalités. Ainsi, de plus en plus de Français précaires rencontrent des difficultés pour accéder aux soins, comme en témoignent les « plus de 500 000 personnes âgées en grande précarité » ou les étudiants qui retardent l’adhésion à une mutuelle.
Nous devons cesser de faire porter la culpabilité aux patients et aux citoyens français. Le président de Médecins du Monde souligne la nécessité de promouvoir la défense d’un État social robuste. Il met en avant l’importance de réaffirmer les principes énoncés par le Conseil national de la Résistance à la suite de la Seconde Guerre mondiale, notamment la création d’un système de santé solidaire. Selon lui, ce système devrait reposer sur le principe de contribution financière des plus aisés en fonction de leurs moyens, tout en garantissant une égalité d’accès aux soins pour tous. Jean-François Corty exprime des regrets quant à la stigmatisation actuelle de ces idées, les qualifiant de « hurluberlu » ou de « woke ». Il estime que les valeurs défendues par le Conseil national de la Résistance seraient aujourd’hui perçues comme dépassées par de nombreux acteurs politiques. Cela est tout à fait stupéfiant. Il conclut en affirmant que, chez Médecins du Monde, nous soutenons un système de santé solidaire et en assumons la responsabilité.
