Se doter d’un nouveau porte-avions, bonne ou mauvaise idée ?

Est-il nécessaire d’acquérir un nouveau porte-avions d’une valeur de 10 milliards d’euros afin de succéder au Charles de Gaulle ? Alors que l’inauguration de sa construction est imminente, certains internautes expriment des réserves : « Comme les cuirassés d’antan, il s’agit d’une arme dépassée », « En 2025, parle-t-on encore de porte-avions ? » Actuellement, les conflits armés impliquent l’utilisation croissante de drones de haute technologie et d’aéronefs furtifs. Sur les plateformes en ligne, il est suggéré que des investissements devraient être réalisés dans des porte-drones. Un porte-avions demeure une structure imposante, cependant, sa pertinence face aux menaces contemporaines est sujette à débat.
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Le porte-avions Charles de Gaulle est en effet de conception ancienne. Il a été commandé en 1986 et mis en service en 2001. Prévu pour une durée de vie d’environ quarante ans, il est prévu d’être remplacé en 2038, mais avec des modifications. Le futur porte-avions sera deux fois plus massif, plus long et doté d’équipements améliorés. Ces éléments ont été exposés en détail au début du mois de novembre par le chef d’état-major des armées, qui a souligné l’émergence de nouvelles menaces et de nouveaux environnements. Ainsi, la force aérienne déployée depuis un porte-avions comprendra non seulement des avions de nouvelle génération, mais également divers types de drones, a déclaré le général Fabien Mandon, chef d’état-major des armées, lors de son intervention au Sénat le 5 novembre dernier.
Selon lui, la principale menace à venir dans les années à venir réside en Russie. Dans ce contexte, peut-on considérer ce porte-avions comme un atout stratégique crucial face aux forces russes ? Comme les internautes, certains experts se posent la question de savoir si un conflit avec la Russie serait principalement de nature terrestre ou aéroterrestre. Cependant, la portée de la composante navale resterait très restreinte. Selon Léo Péria-Peigné, chercheur à l’Ifri, il pourrait être plus judicieux, à moyen terme, d’envisager des alternatives moins complexes que le déploiement d’un porte-avions avec son groupe aéronaval, en raison de l’empreinte logistique significative et de la vulnérabilité accrue aux défenses antinavires russes.
Cette vulnérabilité suscite des inquiétudes, puisque les capacités d’attaque et de destruction ont progressé, notamment avec l’émergence de missiles hypersoniques et de drones. Un porte-avions peut neutraliser 10 drones, voire 100, mais il serait impuissant face à une attaque de 1000 drones. Bien sûr, nous atteignons un stade où les parties adverses seront capables de déployer des essaims de drones pour mener des attaques, sans certitude quant à notre capacité de nous en protéger, explique le général Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre et expert en stratégie et affaires militaires.
Ainsi, en cas de conflit avec la Russie, des incertitudes subsistent quant à la justification de la construction de ce potentiel porte-avions et quant à l’équilibre à trouver entre sa performance opérationnelle, sa susceptibilité aux attaques et son coût considérable de 10 milliards d’euros.
Quoi qu’il en soit, les porte-avions sont toujours par paire afin que, quand le premier est en maintenance, alors le second puisse naviguer sur les mers. Un seul porte-avions n’a que peu d’intérêt stratégique ! Deux porte-avions feraient abaisser les couts.