«Pourquoi sommes-nous si dociles, nous les soignants, face à ce désastre»

«Pourquoi sommes-nous si dociles, nous les soignants, face à ce désastre»C’est une simple goutte d’eau. Une de trop ? Elle prend les allures d’un mail, aux allures apparemment banales, reçu par des médecins hospitaliers de l’hôpital Saint-Louis, dans le Xᵉ arrondissement de Paris, en provenance de leur direction qui ceci :

«Bonjour, la tension sur les lits est particulièrement forte en raison de l’activité et des besoins d’aval pour le SAU (service d’accueil et de traitement des urgences)… Ainsi, nous vous demandons de prendre connaissance, dès ce matin, des besoins d’hospitalisation dans vos services en provenance des urgences, ou en provenance des services, où les patients de votre filière seraient hospitalisés. Et dans la mesure du possible, d’accélérer la sortie des patients hospitalisés, de réduire, dans ce contexte, les entrées programmées des patients prévus ce week-end /dimanche. L’équipe de la cellule sortie se tient à votre disposition pour toute aide particulière. Nous vous remercions de votre compréhension et des efforts d’adaptation à la situation sanitaire que vous menez avec vos équipes. Bien cordialement.»

Que dire ? Pourquoi s’en étonner ? N’est-ce pas un mail comme, il y en a eu tant d’autres, ces derniers mois ? Quand il le reçoit, allez savoir pourquoi, ce médecin s’indigne. Et l’écrit : «Comment a-t-on réussi à s’habituer à ces mails que l’on reçoit tout le temps de nos directions ? Ces injonctions à faire sortir les patients, à faire du mauvais soin comme solution à la pénurie chronique de lits disponibles, de soignants disponibles : dégrader le soin, réduire le soin toujours plus, faire payer les patients aux urgences qui consultent, mais ne sont pas hospitalisés quand on n’est pas foutu de les accueillir de façon décente et justifiée médicalement par manque de moyens dédiés…

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Excusez-moi, mais, je ne m’y habitue pas et ne comprends pas que nous soyons si dociles, nous, soignants, face à ce désastre chronique organisé et qui s’aggrave un peu plus chaque jour depuis des mois».

On s’adapte, aussi. «Je ne vois rien de répréhensible dans le mail de l’administration, qu’il convient de lire lentement en pensant aux collègues et aux patients supplémentaires sur brancard. Ce n’est pas ce mail qu’il faut regretter. C’est le nombre de lits insuffisants, aggravé par une situation inédite», acquiesce ainsi un médecin hospitalier.

Le directeur médical de crise à l’AP-HP, Bruno Riou, ne dit pas autre chose : «Il s’agit seulement d’un courriel demandant la mobilisation de tous pour résoudre un problème de crise aux urgences avec l’admission de patients d’hospitalisation conventionnelle dans des secteurs de soins intensifs – ce qui est problématique – et de patients sur des lits brancards, ce qui est au moins aussi problématique.

Médecins, experts, administratifs, font le même diagnostic. Tenir donc, mais à quel prix ? Où mettre la limite?

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